19/07/2006 : United 93 - partir en voyage et ne jamais revenir, par Christophe Hébert


Le temps et l'espace s'entremêlent. Le vol 93, parti de Newark, à destination de San Francisco, survole maintenant New-York. Le Capitaine Dahl invite ses passagers à admirer la vue sur les gratte-ciel de Manhattan. Par cette matinée ensoleillée, les twin apparaissent derrière le hublot d'un passager. Ils s'écraseront dans 78 minutes, dans un champs à Shanksville, un ancien site minier en Pennsylvanie.
Le quatrième avion détourné le 11 septembre 2001, sera le seul à ne pas avoir atteint sa cible à Washington. Ses passagers, regroupés à l'arrière avec les hôtesses, s'organisent et se préparent à un assaut sur les quatre terroristes, désormais maîtres des commandes du Boeing 747.

Le film de Paul Greengrass ne comporte aucune débauche d'effets spéciaux, il n'y a pas de connivence entretenue avec le spectateur pour influencer ses sentiments. Il filme avec la même neutralité les passagers et les "fous de dieu", la peur, les doutes qui les assaillent lorsque les uns ou les autres passent à l'action.

Greengrass, cinéaste britannique, rompt avec le patriotisme pesant qui accompagne habituellement la communication de ces événements, et livre un récit documenté, une reconstitution rigoureuse, étayée, notamment avec l'aide et la confiance des familles, qui conversaient par téléphone avec leur proche. Le temps du film est le même que celui de l'événement rapporté.

Pour avoir participé au concours pour le mémorial en Pennsylvanie, je me surprends à reconnaître des passagers. Paul Greengrass a engagé des comédiens peu connus ou des non-professionnels pour leur ressemblance. Pour plus de vraisemblance encore, le pilote et le copilote sont interprétés par deux de leurs collègues à la United. Parmi les actrices qui interprètent les hôtesses de bord, certaines ont exercé ce métier, et sont familières avec les procédure de vol. Dans la salle reconstituée du commandement militaire de surveillance de l'espace aérien... il y a de véritables acteurs du 11 septembre. Ben Sliney, responsable des mouvements à la FAA (l'équivalent civil), d'abord engagé comme consultant, a été invité à incarner un personnage central : lui-même.

"L'esthétique" du voyage, cette parenthèse transitionnelle de temps où l'instant présent est suspendu entre passé et avenir, est parfaitement restitué dans un instrument techniquement toujours aussi fascinant, baigné par la lumière d'une matinée ensoleillée de septembre.

Cette rigueur, cette sobriété n'empêche pas l'émotion de nous submerger bien au contraire. L'enchaînement des événements nous fait partager l'instant de sidération et de détresse des contrôleurs aériens qui cherchent la trace du vol n°11 quelque part au dessus de New-York, tandis qu'on annonce qu'un petit avion de tourisme a percuté la tour Nord du World Trade Center.

Puis vient le temps de la réflexion. On se convainc ou on se rappelle que ce que l'on a vu s'est produit dans la réalité. Il n'y a pas de happy-end hollywoodien, ni de super-héros, ou de super-méchants , ce qui semble faire la valeur d'une vie n'est pas la très relative idée de survivance, mais les actions, les choix.

United 93, un film de Paul Greengrass, également auteur de "Bloody Sunday" - A l'affiche depuis le 12 juillet en France, il a fait un bide aux Etats-Unis.


http://www.vol93-lefilm.com
http://www.united93movie.com
http://www.honorflight93.org/site/c.8dJCKQNuFoG/b.1555703/k.BD7E/Home.htm
http://phobos.apple.com/WebObjects/MZStore.woa/wa/viewAlbum?id=156269195&s=143442

Christophe Hébert
archetyp@online.fr