24/08/2009 : Architecture en France : Les accidents industriels : 4°) : Lyon et son Opéra


Opéra de Lyon
Architecture en France : Les accidents industriels : 4°) : Lyon et son Opéra

Un programme excédentaire par rapport à un site existant ? Jean Nouvel vous résout le problème en moins de deux : On creuse en dessous, on construit dessus, on tasse bien le tout, on tasse encore un peu, et vous obtenez l’Opéra de Lyon qui fera le bonheur des couvertures des revues d’architecture parisiennes.

Seulement, les problèmes rapidement enfouis ne demanderont qu’à resurgir. Cela sera des problèmes d’entretien, une salle trop petite ne permettant pas d’amortir les prestations scéniques habituelles, une fosse d’orchestre qui peine à accueillir tous les membres de l’orchestre, des chutes d’éléments divers, et des détails assez curieux, comme cette ventilation de cuisine réalisé en un matériau poreux, qui s’encrasse plus vite que son ombre, difficilement nettoyable, et ne permet pas de respecter les règles d’hygiène de ce type de locaux, il faut encore ajouter une fermeture sept ans après la rénovation pour .. “dangerosité.”*

Excédée, la ville de Lyon finira par réagir.. juridiquement, emmenant architecte, entreprises, bureaux d’études et de contrôle au tribunal. Lyon se souviendra longtemps de l’Opéra de Nouvel, déjà que le budget initial ( 12 millions d’euros était passé au final à 72 millions d’euros de l’époque.

Les procédures s’enchaîneront durant de longues années, au final la côte des architectes auprès des assureurs en prendra un coup.

Coté mairie de Lyon, le 19 septembre 2008, la scène se passe au conseil municipal de la ville de Lyon, Etienne Tête, ( vert ), adjoint au maire de Lyon propose l’adoption de son rapport sur les dérives et litiges liés à la construction de l’Opéra de Lyon.

Deux mois et demi auparavant , la troisième chambre du tribunal administratif de Lyon se réunissait le 3 juillet 2008 pour statuer sur la demande de réparation des préjudices : “ consécutivement aux vices, anomalies et défectuosités affectant les installations de ventilation et de désenfumage des cuisines de l’opéra de Lyon, “ En effet : “Considérant qu’il résulte de l’instruction, et notamment du rapport de l’expert, que la gaine d’extraction et de désenfumage située dans la cuisine du restaurant du sixième étage de l’opéra de Lyon, a été réalisée en un matériau qui, par sa porosité, provoque l’encrassement anormal de certains segments des réseaux d’extraction des fumées de cuisine ; que les segments encrassés ne peuvent faire l’objet de nettoyage ; qu’ainsi ce désordre est de nature à rendre le local qu’il affecte impropre à sa destination ; que si, ainsi qu’il a été jugé avant-dire droit, le nombre insuffisant de trappes de visite était apparent à la date de la réception par un maître d’ouvrage normalement précautionneux, les conséquences de cette insuffisance, dont la gravité est imputable à la porosité du matériau utilisé pour les gaines d’extractions, ne sont apparues que postérieurement à cette réception ; que, par suite, les désordres imputables à la porosité du matériau des gaines d’extraction sont de nature à donner lieu à la garantie qu’impliquent les principes dont s’inspirent les article 1792 et 2270 du code civil ; qu’il ne résulte pas de l’instruction que l’expert aurait commis une erreur d’appréciation en estimant qu’il est imputable tant à un vice de conception et un défaut de surveillance des maîtres d’œuvre qu’à des fautes d’exécution et un manquement aux règles de l’art des constructeurs ; qu’il y a lieu de déclarer la SARL Etudes de Design et d'Architecture (EDA), venant aux droits de la société Jean Nouvel & associés, la société Setec Bâtiment, venant aux droits de la société Setec Foulquier qui a conçu les gaines en juillet 1990 avant que ne soit résilié son marché en décembre 1990, membres de l’équipe de maîtrise d’œuvre, ainsi que les entreprises Gentilini & Berthon, Jacques, et Installation Thermique Lyonnaise (ITL), membres du groupement solidaire de constructeurs chargé du lot A2A, solidairement responsables du dommage résultant de la porosité des matériaux “ fin de citation.

Le hasard fait bien les choses, quelques jours avant le 3 juillet 2008 ( jour de l’audience au tribunal administratif de Lyon, le 28 juin 2008,) le journal Le Monde, sous la plume innocente de Frédéric Edelmann, s’emportait sur : “ Le coup de gueule des architectes contre les pénalités grandissantes”. et commençait son article par : “ Il se trouve que les architectes français sont de plus en plus fragilisés, et certains asphyxiés, par les pénalités qui leur tombent sur la tête, à la suite de retards de chantiers ou de dysfonctionnements dans les bâtiments qu'ils ont construits. Jean Nouvel, au coeur de plusieurs conflits, aurait mis la clé sous la porte sans Michel Pélissié qui, en 1994, crée les Ateliers Jean Nouvel (AJN), agence qu'il préside pour permettre à l'architecte de poursuivre l'épopée expérimentale qui en fera le lauréat du Pritzker Prize.” fin de citation

Maintenant lisons la retranscription de la présentation de l’affaire par M Etienne Tête ( Vert ) le 19 septembre 2008 en conseil municipal.



[ Etienne Tête] : “ Monsieur le Maire, mes chers Collègues, le dossier de l’Opéra de Lyon, c’est je crois l’occasion de le rappeler, cela fait depuis 20 ans qu’on en parle. Normalement, on pourrait souhaiter que cette affaire soit classée et on sait qu’elle n’est ni classée sur le plan contentieux, puisqu’il y a toujours des affaires en cours, ni classée sur le plan des malfaçons puisque ce dossier est un dossier de malfaçons sur les vitrages du toit de l’Opéra. Cela nous permet de faire deux réflexions sur deux idées différentes :

La première c’est l’étonnement que chacun peut avoir à la lecture d’un article publié dans Le Monde du 28 juin 2008, intitulé sous le titre « Le coup de gueule des architectes contre les pénalités grandissantes* », sous entendu, les architectes seraient trop pénalisés par les juges lorsqu’ils sont responsables de malfaçons.

Notre expérience personnelle sur ce sujet montre que cela ne dépasse jamais 20 % des conséquences, cela veut dire que pour 80 % des conséquences de leurs erreurs, c’est quand même le contribuable qui paie, et si il y a quelqu’un qui aurait dû s’offrir une tribune dans le Monde, c’était l’ensemble des contribuables et non pas les architectes.

La deuxième chose, c’est qu’au-delà de cette question d’architecture, et de Jean Nouvel qui n’a pas été percutant en la matière, nonobstant les titres qu’on lui attribue aujourd’hui, il faut peut être réfléchir pour savoir pourquoi on arrive sur un projet public de cette nature avec autant d’erreurs qui ont été prises, bien sûr, il y a cinq mandats, donc, cela ne touche pas que notre mandat, même si nous le gérons aujourd’hui, et que ça touche d’autres Collectivités comme le Musée des Confluences, parce qu’on a l’impression que l’histoire tristement se répète.

Je crois que le regard que l’on peut porter a posteriori montre très clairement comment se prennent de mauvaises décisions.

D’abord c’est de faire un Opéra dans un théâtre. Ce n’est pas le même métier. Cette idée de mettre un Opéra dans un théâtre historique, ce n’était peut-être pas la bonne localisation,d’où l’intérêt de toujours bien choisir la localisation.

Autre élément, c’est le nombre de places disponibles. On sait que Jean Nouvel a été condamné parce qu’il n’a pas tenu ses objectifs, mais même au départ, vu le coût économique de l’Opéra et d’une œuvre artistique d’Opéra, il n’y a pas assez de places pour amortir si on compare l’Opéra de Lyon, j’allais dire, à la Scala de Milan ou à d’autres grands Opéras internationaux et je sais, Monsieur le Maire, que vous aimez les comparaisons internationales, donc je dois vous faire plaisir et bien là, c’était une mauvaise localisation par rapport à la situation.

Je crois qu’à Lyon, avoir l’Auditorium et l’Opéra, deux orchestres de capacités modestes, au lieu d’en avoir un grand, cela a été une erreur stratégique de nos anciens Collègues.

En plus, des contraintes fondées sur des mythes. Il faut savoir qu’un des grands problèmes de cet Opéra est la cage de scène parce qu’on était dans le mythe de penser qu’on pourrait tuiler un jour une œuvre, le lendemain une autre œuvre et il fallait changer très vite les décors, ce qui ne s’est jamais fait. Donc, on a mis une cage de scène au dessus des capacités qu’on n’utilise pratiquement jamais.

Lorsque notre municipalité a choisi une cage de scène pour le théâtre des Célestins, elle a fait un bon choix et on est resté totalement dans l’épure du devis, ce qui montre qu’il y a d’autres manières de faire quand c’est géré par d’autres personnes.

Enfin, je crois que la quatrième erreur du site, ce sont les contraintes inutiles : pourquoi mettre dans ce site à la fois les salles de répétition et toutes les salles administratives, ce qui a abouti que sur un site, tellement de choses ont été mises que l’on a été obligé de faire cette immense verrière au dessus avec il est vrai, une très belle salle de répétitions. D’ailleurs, la qualité esthétique n’est pas remise en cause mais une salle de répétitions qui nous coûte le prix d’une salle de spectacles et les mal façons que nous constatons aujourd’hui, ne constituaient peut-être pas, là aussi, la bonne solution.

Repenser ce dossier sereinement, car il faut savoir faire un audit de nos décisions antérieures au sens collectif et non politique du terme, nous permettra demain, de ne pas recommencer les mêmes erreurs.

M. LE MAIRE : Je mets aux voix les conclusions de mon rapport. Il n’y a pas d’opposition ? Elles sont adoptées.

(Adopté.)
Source : http://www.lyon.fr/static/pdf/200811/cr/20080919.pdf


Le Monde 28/06/2008
Le coup de gueule des architectes contre les pénalités grandissantes
Par Frédéric Edelmann
www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1042214

* Libération 17/02/2000
L'Opéra de Lyon estimé «dangereux» L'édifice est fermé jusqu'à nouvel ordre.
Auteure :VERNAY Marie-Christine
www.liberation.fr/culture/0101327318-l-opera-de-lyon-estime-dangereux-l-edifice-est-ferme-jusqu-a-nouvel-ordre

Maire Info 09/09/2008
La ville de Lyon obtient réparation des nombreuses malfaçons de l'Opéra de Lyon
www.maire-info.com/envoyer.asp?param=10185

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