| Au commencement était l’utopie. Que faire pour l’île Seguin ? |
30/05/2005 Il était une fois l’envie de quitter les campagnes et les montagnes afin de rejoindre les villages, c’était l’utopie de la rencontre et de l’échange qui était le moteur de ce déracinement. Alors les villages inventèrent la place du marché, la place de l’église et l’église pour rencontrer son dieu, de gré ou de force. Puis, la mairie pour rencontrer l’Etat, l’octroi pour rencontrer son percepteur, et l’école pour aller à la rencontre du savoir, la halle aux bestiaux pour échanger, et le café ou taverne pour le plaisir. Puis les villages devinrent villes, il fallait une autre utopie pour accompagner l’usine et le travail, cela sera le progrès, avec les grands magasins, l’opéra, l’administration, la bourse, les restaurants, cabarets, et bordels parfois, sans oublier les musées encyclopédiques. Puis les villes devinrent mégalopoles, cités mondes, à l’utopie du progrès technique, source de bienfaits, s’ajoutait l’utopie de la modernité et du cosmopolitisme, métros, gares, aéroports, voyages, télévision communication télégraphique et hertzienne, vertige du gratte ciel, surdensité. Puis arriva subrepticement la dématérialisation; des réseaux invisibles aux tribus identitaires.
Nous voici à Paris au début du XXIe siècle et la difficulté se fait jour quand il s’agit d’urbanisme pour s’accrocher à une quelconque utopie, à part la désertification et la dépollution, rien d’excitant à se mettre sous la dent ni à Paris Rive gauche, ni à Boulogne Billancourt, ni au futur quartier des Batignolles. la ville n’est plus portée par un rêve à partager, mais par des stratégies ( déguisées ) d’évitement des autres, des gated communities ( http://rlg.free.fr/abstract.html) . Fin de l’espace public et place aux digicodes et grilles. Comment établir des projets urbains dans une société ou l’énergie déployée consiste à éviter les autres ? Comment ne pas faire fuir les investisseurs à Venise ? Comment les faire “adhérer” à un projet urbain en devenir ?
La question posée est donc quelle utopie inventer pour l’île Seguin ?
Que faire pour l’île Seguin ?
par T.H.Been 1968
L’architecture est une passerelle vers l’imaginaire. Cette définition détournée de celle que fait Salman Ruhsdie dans l’interview qu’il donne dans le journal Le Monde sur la littérature, s’accommode très bien à l’architecture. Cette passerelle pour l’imaginaire devrait être un embarquement pour Cythère. Une envie de partager une aventure commune. A l’heure actuelle de Paris Rive gauche au trapèze en passant par l’île Seguin et l’aménagement du quartier des Batignolles, à aucun moment on ne ressent l’enthousiasme d’une aventure, d’un objectif à atteindre, d’un devenir à rejoindre. A force d’avoir peur de l’utopie, on dissout le moindre désir. L’ennui guette, il ne reste généralement que de sordides logiques immobilières à l’oeuvre.
Il faut ponctuer cette partie du territoire, il faut un changement d’échelle à ce magma de banlieue, ce salmigondi, dirait un architecte connu. Il faut transformer cette périphérie en une centralité, quitte à surdensifier, parce que la surdensification est un vecteur de charge émotive d’un tissu urbain.
Puisque l’île n’a plus aucun sens depuis la démolition de ce qui faisait sa seule légitimité. ( l’île se résumait à une usine. Cette usine se résumait à un modèle social, qui se résumait lui même à une époque, qui se résumait elle même à l’utopie du progrès dans le travail et l’effort et la lutte pour le partage des richesses. )
Il faut inverser le cours des choses, supprimons toute l’opération urbaine avec ce plat projet actuel qui fait fuir les énergies et qui ne fait rêver personne. A la place, par ruse, faisons d’abord un parc géant sur le trapèze, et enfermons y :
- Les verts,
- les enfants,
- les amoureux,
- les fauves,
- une allemande,
et les dinosaures de tout poil de la société française.
Puis, sur notre belle île construisons un bâtiment, un édifice, et un seul qui regrouperait tout ce que l’opération urbaine devait regrouper ; soit 900 000 m2. Une citadelle verticale, un krak utopique. Cette passerelle vers l’imaginaire qui serait une cité lame pratiquement sans terrain ( 11 hectares ) à l’image du Mont Saint-Michel, devrait en un certain point culminer non pas à 1789 pieds ( c’est plus que 1776 pieds , mais pas assez pour notre vanité. ) Mais disons, pourquoi pas ? à 1968 pieds, quelque part, Seguin à Boulogne c’était la centralité de mai 68. le climax de la seconde moitié du XXe siècle à Paris.
Mais ce n’est pas tout, cette citadelle perchée d’une “tour sans fin” serait agrémentée d’une particularité. Elle serait traversée de part et d’autres à différentes hauteurs de percements, d’occulus de dizaines de mètres de diamètres dont à leur centre on placerait haut dans le ciel, pour y éloigner les gentils terriens d’éventuelles nuisances, des éoliennes géantes, voilà pour le développement durable, et l’autonomie énergétique (partielle) de l’ouvrage ( une vallée c’est toujours un peu ventée). Et puis, à l’image des cylindres des moteurs automobiles percés d’orifices permettant l’arrivée et l’expansion et l’évacuation des fluides, ces percements seraient des “lumières” ce qui nous donnerait alors la première tour aux lumières.
Un projet doublement contextuel dans cette vallée.....
T.H Been 1968
Que faire pour l’île Seguin ? : le trou des halles bien sûr.
( Géronymous ( Anonyme) / Paris )
De quoi avons nous la nostalgie à Paris ? en fait la seule chose que nous aimerions retrouver, c’est bien sûr le trou des Halles. La seule véritable création typologique architecturale urbaine à Paris depuis cinquante ans.
L’idée serait de creuser sur l’ensemble de l’île Seguin un cuvelage sans fond dans lequel on ne placerait absolument rien. Les entreprises de BTP auraient du travail pour les mille ans à venir.
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