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Londres / Récit de voyage été 2004 23/08/2004


Tous les mois, la visite d'une grande ville européenne. Aujourd'hui Londres, le mois prochain Venise. Puis suivront : Amsterdam, Barcelone, Berlin, Lisbonne, Madrid, Naples, Oslo, et d'autres.

Londres, ville portuaire, est une fille d’empire.. qui s’offre un relifting permanent. C’est une ville ouverte à la création, elle le paye au prix fort. Londres ressemble aujourd’hui à un indigeste pudding tant ses constructions plus ou moins récentes s’opposent les unes aux autres s’en se soucier de leur entourage. A croire qu’ils font leur ville comme leur cuisine.

A la différence de Paris, ville planifiée, ordonnée, administrée, régulée, inhibée et complexée, mais ville de gastronomes; Londres n’a pas de style, pas d’unité, n’a pas de composition urbaine, pas d’exigence du “qu’en verra t’on” ? Est-ce l’archétype des villes anglo-saxonnes ? Le prix de l’Histoire et de ses incendies et bombardements successifs ? Une visite s’impose pour tenter de percevoir les mystères de l’urbanisme de Londres.

A coté de la gare de Waterloo, London Eye, du haut de ses 135 mètres, surplombe la rive sud et attend le touriste fortuné. Oeuvre d’ingénierie remarquable de culot, d’audaces et de savoir faire, Londres a les meilleurs ingénieurs du monde. Ils aiment les défis. Londres est audacieuse.

Au diapason de la réussite, une visite à Londres aujourd’hui doit commencer par la Tate Modern située sur la même rive. Ancienne centrale électrique, transformée par les architectes Suisse Herzog et de Meuron. C’est un coup d’intelligence sublime, et définit le mieux ce que devrait être l’architecture contemporaine quand il s’agit de réutiliser un bâtiment existant : Faire croire que tout existait auparavant. Ce qui n’est pas le cas bien entendu. La ou un mauvais architecte se serait senti obligé de montrer ses muscles, Herzog et de Meuron, jouent les caméléons des jeux d’esprit. Ils trouvent les formes, les matériaux et les couleurs pour faire apparemment disparaître leur intervention, tout aurait pu déjà exister, la vedette étant l’échelle du bâtiment. Du Grand art que vient seule ternir... l’apparente pauvreté des collections de la Tate Modern. Est-ce le prix à payer pour s’offrir de l’architecture contemporaine aujourd’hui, se priver de contenu ?

En cet été 2004, l’exposition phare de la Tate Modern est consacrée au peintre américain Edward Hopper. Outre de faire la fortune aujourd’hui de tous les éditeurs de calendriers, Edward Hopper a traversé le XXe siècle comme Fernando Pessoa l’a fait pour l’écriture. La contemplation des oeuvres les plus connues de Hopper amène à s’interroger sur la répétition inlassable du même dessein. Etait -ce le peintre ; du vide ? de la solitude ? de la disparition ? ou bien de l’absence ?

L’absence, sera le point de départ pour essayer de comprendre l’urbanisme, semble t’il chaotique de Londres. Qu’a t’il donc manqué ? ( Si il a manqué quelque chose, ) à moins de considérer que c’est l’état normal d’une ville “vivante” en devenir d’être aussi chaotique et disparate ?

La première étape consiste à aller à la City en passant par Tower Bridge. On découvre “More London,” le nouvel hôtel de Ville, des objets singuliers, éléments phares d’une rénovation, reconstruction de tout un quartier. La skyline de la City, située sur la rive nord, se laisse découvrir.. au travers des superstructures d’un ancien navire de guerre de la marine britannique le HMS Belfast, peinturluré, au point de se fondre avec la ville. .. L’architecture de la City est-elle une architecture en guerre ? l'urbanisation ne constitue elle qu'une oeuvre de destruction ?

Passé le Tower bridge, La Swiss-Re, ressemble plus à un obus, qu’un organe sexuel, ou alors ils sont bizarrement montés les anglais.... si les traders doivent se fondre dans l’image de leur entreprise, ils n’ont pas besoin de beaucoup d’imagination pour s'imaginer..... cartouche. Sobre par rapport à ses riches voisines. elle est un élément phare pour se diriger vers la City, à l’inverse il ne faudra pas compter sur elle pour s’orienter et en repartir, la similitude de ses faces en font un objet sans direction. C'est une architecture qui capte le regard et l’attention, mais qui ne donne rien en échange, même pas votre orientation. La congestion de la ville, la spéculation foncière, et le dynamisme des affaires semblent devoir fabriquer inlassablement des m2 de bureaux. Londres est une ville en plein boom économique qui n’a pas le temps de se poser des questions du genre “faut-il construire des tours ?” L’usage et la nécessité seules commandent ici. Se questionner c’est douter de soi. Londres n’a pas le temps ou l’humeur de douter. Work in progress

Deuxième étape; Piccadily. Londres est une ville multi-ethnnique ouverte à la création et aux créateurs. Ce n’est pas un hasard si les courants musicaux émergent d’Angletterre. La ville est complètement décomplexée, désinhibée et elle n’a pas peur des nouveautés. A la différence de Paris, impossible de se promener deux heures dans n’importe quel quartier de Londres sans voir ou apercevoir de l’architecture contemporaine, “publiable.” La création est partout, souvent pour le pire, mais elle est acceptée. A Paris on peut se promener une semaine sans jamais apercevoir la moindre création contemporaine “publiable”. Paris n’aime pas la création. A Paris du plan d’appartement haussmanien aux tracés des artéres poinbtant sur ses perspectives de monuments. Paris est une représentation.

Troisième étape, Downing Street et le quartier de la Monarchie. Bloqué par de solides grilles et des brigades de police anti terroristes et anti contestataires ( ils assument les deux rôles), la résidence du Premier ministre. rappelle qu’aujourd’hui et cela depuis Margaret Thatcher, Londres dispose d’une monarchie de façade, et d’un pouvoir qui, depuis le XIXe siècle, croit au libéralisme, au laisser faire, à l’entreprise et aux lois du marché, quitte à le faire d’une main de fer et au prix fort à payer socialement, et à la délocalisation de l’industrie, et de ses cheminées génératrices de fog. Londres Victorienne, c’est la plus grande tragédie humaine, c’est elle qui donnera à Marx et Engels ainsi qu’à de nombreux auteurs du XIXe siècle d’écrire les textes sociaux. Aujourd’hui Il n’y a pas de SDF dans les rues de Londres ( en tout cas pas au mois d’août), mais quand est-il dans les banlieues et les villes de province ?

Libéralisme politique, pays de liberté de création, activisme des affaires, centre névralgique de la finance, société décomplexé, multi-ethnique, et audace à relever des défis impossibles.

Mais ce n’est pas encore suffisant pour expliquer que tout peut se construire à coté de n’importe quoi. Que chaque bâtiment est un univers à lui tout seul qui se raconte sa propre histoire, et du même fait, annonce et signe sa déréliction prochaine. Il n’a aucune légitimité. Construit autour d’usages et d’usagers, ils seront démolis dès que ses mêmes usages ne seront plus servis correctement.

Briques et stucs à gogo
La réponse commence à apparaître du coté de Notting Hill. Ancien quartier pauvre, assure les guides, qui est devenu le lieu le plus huppé de Londres. il faut se promener en direction de l’aristocratique et voisin quartier de Kensington . marcher dans Kensington Palace gardens et dans les rues de Notting Hill pour découvrir une piste sérieuse. D’abord le parcellaire londonien est constitué de petites parcelles. Et surtout, même la plupart des bâtiments d’habitations les plus nobles font appel .. à la brique et aux stucs. Mais bon sang, mais c’est bien sur..... I’absence d’un matériau. La pierre de taille, qui impose elle, mode de construction et style et coût exorbitant, donc pérennité. La brique quand à elle, malléable est un matériau qui n’ a pas de style qui lui est propre. matériau industrialisé et économique, elle satisfait à l’usage qui lui est donné, et rien de plus. elle ne peut prétendre à la pérennité et à la légitimité qu’inspire la pierre, ni à sa noblesse, donc à postuler à entrer dans l’histoire. Londres c’est aussi l’absence de matériaux nobles de construction. Il est aisé alors de se rendre compte que les monuments à la gloire de la Monarchie sont en pierre de taille. ainsi que certains grands magasins et banques.. et l’extension rénovation du British Museum par Sir Norman Foster. Il est aussi aisé de comprendre alors que tout ce qui est construit en acier et en verre aujourd’hui subira probablement le même sort que la morne et répétitive brique du XIXe et XXe siècle. Londres ne veut pas se pétrifier dans son passé, souvent miséreux pour la plupart, elle ne peut que devenir autre chose. Ce n’est pas un musée qui prend la poussière, mais un outils.


Curiosité

The Roof Gardens, 99 Kensington High Street, W8 5SA

Aménagé à la fin des années 30 sur la terrasse d’un grand magasin londonien qui donne sur Kensington High Street ( entrée par Derry Street) . sur une surface d’un demi hectare “roof garden” est un jardin public sur un toit d'un grand magasin. Ce n’est donc pas une idée nouvelle. A l’origine il accueillait un jardin “espagnol” avec un étang, des canards et des flamands roses. Aujourd’hui, récemment revendu au propriétaire et créateur de Virgin, c’est le cadre prestigieux.....d’un restaurant huppé
L'accès est libre mais contingenté, et sous réserve des manifestations privées pouvant s'y dérouler.

En savoir plus
http://www.gardenvisit.com/g/kens2.htm


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