| Tous les mois, la visite d'une grande ville européenne. Aujourd'hui Londres, le mois prochain Venise. Puis suivront : Amsterdam, Barcelone, Berlin, Lisbonne, Madrid, Naples, Oslo, et d'autres.
Londres, ville portuaire, est une fille dempire.. qui soffre un relifting permanent. Cest une ville ouverte à la création, elle le paye au prix fort. Londres ressemble aujourdhui à un indigeste pudding tant ses constructions plus ou moins récentes sopposent les unes aux autres sen se soucier de leur entourage. A croire quils font leur ville comme leur cuisine.
A la différence de Paris, ville planifiée, ordonnée, administrée, régulée, inhibée et complexée, mais ville de gastronomes; Londres na pas de style, pas dunité, na pas de composition urbaine, pas dexigence du quen verra ton ? Est-ce larchétype des villes anglo-saxonnes ? Le prix de lHistoire et de ses incendies et bombardements successifs ? Une visite simpose pour tenter de percevoir les mystères de lurbanisme de Londres.
A coté de la gare de Waterloo, London Eye, du haut de ses 135 mètres, surplombe la rive sud et attend le touriste fortuné. Oeuvre dingénierie remarquable de culot, daudaces et de savoir faire, Londres a les meilleurs ingénieurs du monde. Ils aiment les défis. Londres est audacieuse.
Au diapason de la réussite, une visite à Londres aujourdhui doit commencer par la Tate Modern située sur la même rive. Ancienne centrale électrique, transformée par les architectes Suisse Herzog et de Meuron. Cest un coup dintelligence sublime, et définit le mieux ce que devrait être larchitecture contemporaine quand il sagit de réutiliser un bâtiment existant : Faire croire que tout existait auparavant. Ce qui nest pas le cas bien entendu. La ou un mauvais architecte se serait senti obligé de montrer ses muscles, Herzog et de Meuron, jouent les caméléons des jeux desprit. Ils trouvent les formes, les matériaux et les couleurs pour faire apparemment disparaître leur intervention, tout aurait pu déjà exister, la vedette étant léchelle du bâtiment. Du Grand art que vient seule ternir... lapparente pauvreté des collections de la Tate Modern. Est-ce le prix à payer pour soffrir de larchitecture contemporaine aujourdhui, se priver de contenu ?
En cet été 2004, lexposition phare de la Tate Modern est consacrée au peintre américain Edward Hopper. Outre de faire la fortune aujourdhui de tous les éditeurs de calendriers, Edward Hopper a traversé le XXe siècle comme Fernando Pessoa la fait pour lécriture. La contemplation des oeuvres les plus connues de Hopper amène à sinterroger sur la répétition inlassable du même dessein. Etait -ce le peintre ; du vide ? de la solitude ? de la disparition ? ou bien de labsence ?
Labsence, sera le point de départ pour essayer de comprendre lurbanisme, semble til chaotique de Londres. Qua til donc manqué ? ( Si il a manqué quelque chose, ) à moins de considérer que cest létat normal dune ville vivante en devenir dêtre aussi chaotique et disparate ?
La première étape consiste à aller à la City en passant par Tower Bridge. On découvre More London, le nouvel hôtel de Ville, des objets singuliers, éléments phares dune rénovation, reconstruction de tout un quartier. La skyline de la City, située sur la rive nord, se laisse découvrir.. au travers des superstructures dun ancien navire de guerre de la marine britannique le HMS Belfast, peinturluré, au point de se fondre avec la ville. .. Larchitecture de la City est-elle une architecture en guerre ? l'urbanisation ne constitue elle qu'une oeuvre de destruction ?
Passé le Tower bridge, La Swiss-Re, ressemble plus à un obus, quun organe sexuel, ou alors ils sont bizarrement montés les anglais.... si les traders doivent se fondre dans limage de leur entreprise, ils nont pas besoin de beaucoup dimagination pour s'imaginer..... cartouche. Sobre par rapport à ses riches voisines. elle est un élément phare pour se diriger vers la City, à linverse il ne faudra pas compter sur elle pour sorienter et en repartir, la similitude de ses faces en font un objet sans direction. C'est une architecture qui capte le regard et lattention, mais qui ne donne rien en échange, même pas votre orientation. La congestion de la ville, la spéculation foncière, et le dynamisme des affaires semblent devoir fabriquer inlassablement des m2 de bureaux. Londres est une ville en plein boom économique qui na pas le temps de se poser des questions du genre faut-il construire des tours ? Lusage et la nécessité seules commandent ici. Se questionner cest douter de soi. Londres na pas le temps ou lhumeur de douter. Work in progress
Deuxième étape; Piccadily. Londres est une ville multi-ethnnique ouverte à la création et aux créateurs. Ce nest pas un hasard si les courants musicaux émergent dAngletterre. La ville est complètement décomplexée, désinhibée et elle na pas peur des nouveautés. A la différence de Paris, impossible de se promener deux heures dans nimporte quel quartier de Londres sans voir ou apercevoir de larchitecture contemporaine, publiable. La création est partout, souvent pour le pire, mais elle est acceptée. A Paris on peut se promener une semaine sans jamais apercevoir la moindre création contemporaine publiable. Paris naime pas la création. A Paris du plan dappartement haussmanien aux tracés des artéres poinbtant sur ses perspectives de monuments. Paris est une représentation.
Troisième étape, Downing Street et le quartier de la Monarchie. Bloqué par de solides grilles et des brigades de police anti terroristes et anti contestataires ( ils assument les deux rôles), la résidence du Premier ministre. rappelle quaujourdhui et cela depuis Margaret Thatcher, Londres dispose dune monarchie de façade, et dun pouvoir qui, depuis le XIXe siècle, croit au libéralisme, au laisser faire, à lentreprise et aux lois du marché, quitte à le faire dune main de fer et au prix fort à payer socialement, et à la délocalisation de lindustrie, et de ses cheminées génératrices de fog. Londres Victorienne, cest la plus grande tragédie humaine, cest elle qui donnera à Marx et Engels ainsi quà de nombreux auteurs du XIXe siècle décrire les textes sociaux. Aujourdhui Il ny a pas de SDF dans les rues de Londres ( en tout cas pas au mois daoût), mais quand est-il dans les banlieues et les villes de province ?
Libéralisme politique, pays de liberté de création, activisme des affaires, centre névralgique de la finance, société décomplexé, multi-ethnique, et audace à relever des défis impossibles.
Mais ce nest pas encore suffisant pour expliquer que tout peut se construire à coté de nimporte quoi. Que chaque bâtiment est un univers à lui tout seul qui se raconte sa propre histoire, et du même fait, annonce et signe sa déréliction prochaine. Il na aucune légitimité. Construit autour dusages et dusagers, ils seront démolis dès que ses mêmes usages ne seront plus servis correctement.
Briques et stucs à gogo
La réponse commence à apparaître du coté de Notting Hill. Ancien quartier pauvre, assure les guides, qui est devenu le lieu le plus huppé de Londres. il faut se promener en direction de laristocratique et voisin quartier de Kensington . marcher dans Kensington Palace gardens et dans les rues de Notting Hill pour découvrir une piste sérieuse. Dabord le parcellaire londonien est constitué de petites parcelles. Et surtout, même la plupart des bâtiments dhabitations les plus nobles font appel .. à la brique et aux stucs. Mais bon sang, mais cest bien sur..... Iabsence dun matériau. La pierre de taille, qui impose elle, mode de construction et style et coût exorbitant, donc pérennité. La brique quand à elle, malléable est un matériau qui n a pas de style qui lui est propre. matériau industrialisé et économique, elle satisfait à lusage qui lui est donné, et rien de plus. elle ne peut prétendre à la pérennité et à la légitimité quinspire la pierre, ni à sa noblesse, donc à postuler à entrer dans lhistoire. Londres cest aussi labsence de matériaux nobles de construction. Il est aisé alors de se rendre compte que les monuments à la gloire de la Monarchie sont en pierre de taille. ainsi que certains grands magasins et banques.. et lextension rénovation du British Museum par Sir Norman Foster. Il est aussi aisé de comprendre alors que tout ce qui est construit en acier et en verre aujourdhui subira probablement le même sort que la morne et répétitive brique du XIXe et XXe siècle. Londres ne veut pas se pétrifier dans son passé, souvent miséreux pour la plupart, elle ne peut que devenir autre chose. Ce nest pas un musée qui prend la poussière, mais un outils.
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