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Daphné Mandel-Bouvard et Claire Gilot Paysagistes. L’interview / mars 2004
15/03/2004
Paris X, dans une cours d’un immeuble du XIXe, situé rue des vinaigriers ( Paris X), un ancien atelier partagé avec le K Architecture, est l’espace de l’agence des paysagistes Daphné Mandel-Bouvard et Claire Gilot.

Images © Daphné Mandel-Bouvard et Claire Gilot Tous droits réservés.
Archicool.com : Parlez nous des maisons de la Villette et de votre intervention ?

Daphné Mandel : C’était un contexte particulier, un contexte urbain, hors sol. Nous voulions montrer que l’on peut éviter d’avoir à amener de la terre végétale. Ce sont donc de la caillasse, des granulats et de la matière sableuse pour la maison métal. A l’inverse des maisons “projets”, la composition des jardins est aléatoire.

La Maisons métal, c’est un vide central avec un ruban végétal autour, les architectes nous montrèrent une maquette avec une haie centenaire, mais comment allions nous la faire ? C’est une maison orientée vers l’enfant. Nous avons voulu un rapport d’échelle inversé, c’est un espace ludique pour l’enfant, avec des feuillages démesurés.

pour le jardin intérieur du premier étage, sur la terrasse on a voulu refabriquer une micro topographie, c’est un tapis cultivé, qui comprend les plantes + la terre, cela procure l’avantage d’une grande légèreté, ce qui est appréciable pour la structure.

Ce sont des plantes vivaces rustiques, Le choix s’est porté sur des plantes qui rougissent fortement, du fait des percement, du patio intérieur on devrait donc avoir des zones très colorés.

Pour la maison bois, c’est un parti de la “mauvaise herbe,” des plantes pionnieres dans une composition libre.

Notre démarche est économique, on veut montrer que l’on peut avoir des jardins dans des zones peu fertiles, les limites du jardin ne s’arrête pas à la limite des parcelles.

Archicool.com : Quel est le Coût d’un jardin particulier conçu par un paysagiste ?

D.M-B: C’est difficile à dire du fait, dans ce cas, de l’intervention de différents partenaires, peut être de 30 à 45 euros/m2

Archicool.com : Comment êtes vous arrivés sur cette opération ?

D.M-B: Nous connaissions Aldric Beckmann et Françoise N’Thépé avec qui nous travaillions déjà, ce sont eux qui nous ont présenté à RENOV.

Archicool.com : Qu’en pensez vous aujourd’hui ?

D.M-B: C’est une opération passionnante, mais assez frustrante, montée en six mois, plantée en automne pour être visible dès l’hiver, mais les espaces sont piétinés et pas arrosés, si les maisons existent, les jardins sont en devenir, selon le bon vouloir des clients.

Pour nous c’est quinze jour de chantiers, ou nous avons participé nous mêmes, on est assez contentes d’avoir participé.

Archicool.com : Qu’avez vous pensé des maisons ?

Claire Gilot : Ce sont des objets, des situations partagées, la maison métal ferait une très belle maison familiale de vacances. Mais il y a plusieurs façons de juger ; Des nouveaux matériaux,de nouvelles formes. La maison bois est peut être plus fascinante, plus remarquable, plus spectaculaire, mais on peut toujours se demander si l’argent et l’énergie doivent être mis à cet endroit là ?

Pour nous elles nous ont permis d’expérimenter des cas de figures particuliers. Des situations intérieures extérieures qui sont riches et très contrastées.

Archicool.com : Avez vous eu déjà des retombées ?

D.M-B : Un architecte nous a appelé, pour un aménagement à Paris, mais cela n’a pas débouché. En fait, on ne l’ a pas fait pour cela, on n’en avait pas besoin, mais on pouvait le faire, nous sommes contentes.

C.G: C’est une attitude sur l’espace particulier, que l’on aurait du mal à transposer pour un vrai client. la réponse est un peu brutale, un peu caricaturale.

D.M-B : Aujourd’hui le résultat est pour nous une vraie angoisse, du fait du piétinement et de l’absence d’arrosage. Cela fait un mois qu’il ne pleut pas. A quoi cela va ressembler cet été ?

C.G : On a largement dépassé notre mission, on a fait la mise en oeuvre de la toiture terrasse nous mêmes. Les maisons sont là, mais la gestion du jardin est plus aléatoire. C’est dommage. On pourra dire que cela a marché ou pas marché plus tard.

Archicool.com : Quel est votre parcours ?

D.M-B: je suis diplômée de l’école de Versailles, nous avons passé notre diplôme encadré par Michel Corajoud, on a appris à réfléchir à des problématiques de territoire, de vastes échelles, ce qui fait qu’aujourd’hui nous nous orientons plus naturellement vers la commande publique, aujourd’hui on a gagné quelques concours, en tant que mandataires, ou comme paysagistes.

Archicool.com : Comment travaillez-vous ensemble ?

D.M-B : On partage toute les affaires, c’est un travail à quatre mains.

Archicool.com : Pourquoi devient-on paysagistes ?

D.M-B : Ce sont des gens qui souvent ont un passé professionnel, ( libraire, pharmacien. J’ai fait précédemment de l’architecture, de l’italien, de l’histoire de l’art, j’avais envie de travailler avec l’espace. Claire a fait de l’architecture, et de la biologie avant de faire l’école de Versailles.

Archicool.com : Décrivez-moi Michel Corajoud ?

D.M-B : Il a une approche très affirmée, de la vocation, du paysagiste, on a adoré, c’est quelqu’un qui a une vision tellement large, un état d’esprit, une façon d’envisager la ville la campagne , un horizon très riche ou rien n’est arrêté, une vision très saine.

C.G : C’est un personnage qui a évolué, au début il avait une approche plus plastique, puis une exploration de l’approche de l’analyse, de ce métier, une manière de regarder les choses, de voir les échelles.

Archicool.com : C’est difficile de s’installer paysagistes aujourd'hui ?

D.M-B : A la différence de l’architecture, il y a encore peu de paysagistes, la commande est plus ouverte, il y a une demande énorme, accentuée par la vague écologique, et les maîtres d’ouvrages sont demandeurs d’une vision paysagistes.

Il y a peu d’écoles publiques qui décernent le diplôme de paysagiste DPLG. Versailles avec environ 60 diplômés par an et Bordeaux ( 20 diplômés par an ) sont les principales.

Archicool.com : Vous vous êtes installés à votre compte immédiatement ?

D.M-B : La première année, j’ai démarché, j’ai rencontré plein d’architectes. Aujourd’hui nous sommes “pourries- gâtées,” Cela commence à s’entasser. Un projet de Base de loisirs, un projet en phase de DCE, un premier chantier.

Archicool.com : Vous revendiquez pratiquement aujourd'hui que des commandes ou des études de maîtres d’ouvrages publics? C’est un choix? un hasard ?

D.M-B : On a des références de jardins individuels, par exemple à San Francisco, ce genre d’espace nous intéresse, mais le territoire urbain est passionnant. Comment on s’implante dans ces territoires, comment on requalifie des espaces urbains, ce sont quelques uns de nos axes de réflexion.

Par exemple on a été retenu, sur un aménagement en Seine Saint Denis, 4 équipes avaient été sélectionnées dont certaines animées par nos anciens professeurs. Nous sommes arrivés 2 ème. C’était un terrain à coté du cirque Fratellini, avec une démarche HQE, un principe d’assainissement alternatif avec des plantes qui accompagnent le filtrage. C’est un espace public avec un bassin de rétention qui récoltait les eaux pluviales de tout le quartier.

C.G : Nous avions envie de retrouver les sols. Processus biologique naturel, démonstratif,à ciel ouvert, comment les choses se passent. selon nos calculs; gigantesque trou, Dans un espace public, les contraintes de sécurité peuvent dénaturer un projet, et nous dans notre démarche on souhaite avoir le minimum de barrières. il a fallu trouver un compromis entre montrer la nature, en adaptant le système de rétention des eaux de la ville demandé, mais dans un contexte hyper confortable.

Le système d’assainissement alternatif permet de différer les rejets en période de pluie.
Les eaux de rétention de la ville issues du ruissellement ne sont pas tellement plus polluées que l’eau de pluie qui traverse l’atmosphère, le problème c’est la concentration, le filtrage ralentit la quantité rejetée naturel .

Archicool.com : Vous avez une théorie sur le paysage ?

D.M-B : D’abord, regarder le contexte. Chaque projet on va essayer d’appuyer notre réflexion dans le site, en connexion avec l’espace d’a coté. Nous n’avons pas envie quand quelqu’un entre dans une de nos réalisations qu’il se dise ; “oh ben tien je suis dans le projet de machin truc...”

C.G : On a un parti de contexte naturel, à la campagne on récupère l’eau dans les fossés, et bien dans un projet à la campagne on essaiera d’en faire autant.

Archicool.com : Comment jugez vous la pratique en France autour du paysage et de l’architecture ?

D.M-B : Souvent il y a une absence d’un “savoir travailler en parallèle”, en France. Une absence en amont du travail. Mais les choses changent, ce regard et cette analyse partagée en amont est profitable.

D.M-B & C.G : on nous appelle souvent pour la qualification des vides des projets des architectes, on aimerait aussi définir en amont ces vides avec les architectes.

Archicool.com : Quelles sont les dernières interventions paysagères qui vous ont marqué ?

D.M-B : Par exemple, en Hollande, ou dans la vallée de la Rhur. On est attiré par le style nordique, aussi bien dans le paysage que dans l’architecture.

Dans la vallée de la Rhur, le site de Duisbourg est devenu un gigantesque parc public, ou des infrastructures sidérurgiques à l’abandon restent accessibles, avec un fil conducteur, par exemple, ici des passerelle peintes en bleu.

C’est une démarche passionnante de reconquête des sols pollués, par la nature, dans un paysage brut, des interventions fines et sophistiquées, avec des échelles incroyables. c’est quelque chose qui nous a marqué, parce que l’on a pas cela en France à cette échelle.

C.G : En France on aurait pas eu une attitude aussi osée, dans des installations dangereuses avec des passerelles ajourées, surplombant 40m de vide ou les gens viennent promener leurs chiens, se faire bronzer. Il y a un coté permissif qui évite la stérilisation. Ici vous n’êtes pas séparé du quotidien comme dans les parcs français. Ce projet est présenté dans le recueil de l’atelier urbain dirigé par Ariella Masboungi sur penser le paysage : C’est un ouvrage essentiel qui rassemble les pensées importantes sur le paysage aujourd’hui.
mars 2004



Référence citée
Penser la ville par le paysage
Sous la direction de Ariella Masboungi autour de Michel Corajoud.
http://www.archicool.com/actu/breves/20122002b.shtml

Aux Editions de la Villette
ISBN : 2903539707
Prix 14 euros
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