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Envol à la 9ème Biennale d'architecture de Venise. 14/09/2004

Venise
“ Cent profondes solitudes forment ensemble la ville de Venise. Là réside son charme. Une image pour les hommes du futur.”
Nietzsche cité par Rem Koolhaas dans New York délire.


Le jury international a attribué le vendredi 10 septembre 2004 à Venise lors de la cérémonie officielle en présence du ministre italien de la Culture, Giuliano Urbani, les lions d’or de la 9e mostra d’architecture de Venise.

Le jury était composé de Dieter Bogner (Historien et éditeur, Vienne ), Luis Fernández-Galiano (directeur, "Arquitectura Viva" et de "Arquitectura y Vivienda", Madrid), Kent Martinussen (directeur du centre d’architecture Danois, Copenhague, Marianne Stockebrand (directrice du Chinati Foundation, Marfa, TX), Vittorio Zucconi (correspondant de "La Repubblica", à Washington, DC)


Le
Lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière est attribué à Peter Eisenman (Newark, New Jersey, Usa 1932) pour l’ensemble de son oeuvre de sa pensée et de son enseignement ainsi que sa capacité exemplaire d’invention de formes pour le nouveau millénaire.

- Le Lion d’Or pour la meilleure installation présentée est attribué au pavillon Belge pour l’installation "Kinshasa, La cité imaginaire" .

“Kinshasa” est une installation proposée par : Katrien Vandermarliere (commissaire), Filip De Boeck Koen Van Synghel (curateur), Marie-Françoise Plissart (exposante).

“ Le projet est remarquable pour sa manière provocatrice et exceptionnelle de montrer au public que les stratégies et les typologies traditionnelles de l'architecture peuvent ne pas être toujours les meilleures réponses aux grands défis du monde. Le projet argue du fait que les questions de l'identité, de la communauté et de l'infrastructure subissent de telles métamorphoses que de nouvelles définitions et solutions sont à envisager.”

- Le Lion d’Or pour le projet le plus remarquable de l’exposition Métamorph a été attribué à l’agence japonaise SANAA pour le projet du Twenty-First Century Museum of Contemporary Art de Kanazawa, (Japon) et pour l’extension de l' Ivam , Valence, (Espagne). Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa

CONCERT HALLS
Le premier prix de la section Concert Halls a été attribué à l’agence danoise et Belge Plot ( Julien De Smedt et Bjarke Ingels ) pour le projet du Concert House Stavanger en Norvège.

EPISODES
Le premier prix de la section Episodes a été attribué au photographe allemand Armin Linke et à l’architecte italien Piero Zanini . pour l’installation : Alpi .

TRANSFORMATIONS
Le premier prix de la section Transformations a été attribué à l’architecte autrichien Günther Domenig pour le “ Documentation Centre at the Party Rally Grounds de Nuremberg ( Allemagne)

TOPOGRAPHY
Le premier prix de la section Topography a été attribué à L’agence Foreign Office Architects Ltd pouy le Novartis Car Park de Bâle ( Suisse)
( Alejandro Zaera-Polo ( Espagne) et Farshid Moussavi (Iran),

SURFACES
Le premier prix de la section Surfaces a été attribué à l’architecte japonais Shuhei Endo pour le projet Springtecture à Shiga Prefecture, (Japon)

ATMOSPHERE
Le premier prix de la section Atmosphere a été attribué à l’agence australienne
PTW Architects pty Ltd et ses partenaires chinoisCSCEC + Design pour le projet du National Swimming Center ,

HYPER-PROJECTS
Le premier prix de la section Hyper-Projects a été attribué à Martines Lapeña-Torres Arquitectos pour l’Esplanada Forum de Barcelone.

MORPHING LIGHTS, FLOATING SHADOWS
Le premier prix de la section Morphing Lights, Floating Shadows (Photographie) a été attribué aux images de Mars prises par la NASA en collaboration avec le JPL Cornell University.

La cérémonie se termina par une lecture de Peter Greenaway

Le communiqué officiel
http://www.labiennale.org/en/architecture/news/2004/09-10.html

Commentaire : C’est un jury pragmatique, non francophone, qui privilégia les “appliquants” au détriment des “découvreurs” des applications des nouvelles technologies dans les modes de conception et de pensée présentés lors de la dernière Biennale. On remarquera le pied de nez fait à la France et son indigente participation, le seul prix allant à une nation partiellement francophone est attribué au pavillon Belge pour l’humaniste ( la seule) exposition sur Kinshasa. Le commentaire officiel du communiqué de Presse justifiant le prix au pavillon Belge sonnera sûrement de manière acide aux oreilles des français “ Le projet est remarquable pour sa manière provocatrice et exceptionnelle de montrer au public que les stratégies et les typologies traditionnelles de l'architecture peuvent ne pas être toujours les meilleures réponses aux grands défis du monde. Le projet argue du fait que les questions de l'identité, de la communauté et de l'infrastructure subissent de telles métamorphoses que de nouvelles définitions et solutions sont à envisager.”


Venise ville des feintes.

V
enise c’est d’abord un anachronisme. Un tissu urbain dense planté sur une lagune à moustiques. Ce paradoxe de l’histoire produit aujourd’hui un objet anti fonctionnel. Anti logique qui s’oppose à la modernité et sa logique efficiente imparable. Il faut donc se résoudre à passer des dizaines de minutes pour aller à un point distant de quelques centaines de mètres. Il faut donc se résoudre à ne savoir ou tourner pour aller à un endroit donné. Il faut donc se résoudre à avoir ses fenêtres donner sur un mur aveugle. et bien d’autres choses qui provoqueraient des émeutes partout ailleurs. On peut donc accepter n’importe quoi dans un décor qui vous domine. C’est la première leçon que donne Venise.

Venise c’est aussi une angoisse. L’angoisse d’arriver à la fin du film. qu’est ce que l’ont fait aujourd’hui dans ce décor, dans cette histoire, dans cette culture ?

Metamorph.

L
a métamorphose, c'est à la fois la mort annoncée d’un état donné. Et la mise en place d’un nouvel état. La métamorphose que nous propose la biennale. ressemble à la mort annoncée de la ville historique et l’arrivée de la ville process.

Tout d’abord il y a Giardini et ses pavillons nationaux au milieu de son parc. Curieusement à l’époque de l’euro et de Schengen, les nations sont toujours à la mode. Un constat s’impose, il manque le continent africain, et le pavillon Chinois. En soi, la mauvaise conscience de notre passé, et la peur de notre futur. Ce sont donc essentiellement des gens entre eux qui discourent et aimablement “compétitionnent” . Il y a de l’architecture dans chaque pavillon, sauf dans celui de la Belgique qui s’intéresse au corps africain, et celui de la France qui réfléchit au développement durable.

Il y a les conceptuels ; le pavillon Japonais développe la thématique de la saturation, de l’espace saturé d’informations, de signes, de logos. Le pavillon coréen nous parle de la simplification de la complexité. le pavillon allemand de l’action de micro interventions sur la qualification de sites urbains délaissés. Le pavillon italien, hôte de l’exposition se charge de nous faire un cours de rattrapage pour les lecteurs des revues, un cours tout court pour les non lecteurs sur la production architecturale de ces dernières années.

Enfin il y a les pavillons comme celui de l’Espagne, qui proposent simplement de présenter de l’architecture pure et dure.

entre les deux il y a le pavillon britannique avec sa créativité décomplexée et multiforme. le pavillon canadien, quand à lui, nous propose un coup de projecteur sur les architectes Saucier et Perotte, stars montantes de l’architecture Canadienne.


Métamorph.

La métamorphose annoncée semble en fait être la mort annoncée de la ville historique. Dans l’immanence du présent. une compétition se livre entre les fabricants de logos, les architectes, les communicants. Au jeu de celui que l’on verra, les architectes tentent la performance technologique, mais aussi le subterfuge de donner un peu de souplesse à ce qui s’avère être extrêmement rigide et contraignant. l’acte de construire s’inscrit dans la durée. En adoptant des formes des plus souples et sexy aux plus hardcores. Il s’agit de nous vendre la fin de la pérennité, de la continuité urbaine pour l’émergence de formes urbaines qui n’auront pas plus de pérennité qu’un process industriel. Il s’agit aussi de masquer que la ville est, en fait, un état de guerre. D’ailleurs on meurt plus en ville que sur les champs de batailles. On fabrique plus de pathologies en ville que partout ailleurs. Cet état de guerre ira en s’accentuant avec le développement urbain qui verra les villes grandir inlassablement. Aujourd’hui la ville c’est le partage non équitable de l’espace. l’architecture est son ambulancier.
Metamorph c’est aussi la peur par l’occident d’être dépassé. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que l’occident va se voir détrôner sans qu’il puisse rien n’y faire. Malheureusement les plus hauts gratte-ciel, la vitalité, seront en Asie. et nous ne pouvons lutter. A ce jeux il faut inventer d’autres moyens d’exister, de coexister, d’autres moyens de trouver des formes urbaines qui tiennent simplement la face. Métamorph c’est aussi la psychose du “vieil occident” d’être englouti dans l’inexistence. La course en avant de l’utopie de l’infrastructure comme ultime refuge à une réalité sans cesse plus défavorable.

Les absents.

On remarque l’absence des projets de Rem Koolhaas et Peter Zumthor.


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