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| L'interview polémique : Jean Nouvel + Les Halles. |
05/07/2004 |
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Entre droit de réponse et interview, Rendez-vous était fixé avec Jean Nouvel pour le 1er juillet 2004 à 12H. Ce premier juillet, lagence est en effervescence par larrivé, en transit, dune maquette, commandée spécialement par le MOMA ( New York) pour sa collection permanente. Située dans une annexe de lagence, une maquette de travail au centième du quartier des halles, sert de cadre démonstratif à lentretien. Il faut avouer quelle na rien à voir avec la maquette rendue et exposée au forum des Halles. elle mériterait d'être exposée publiquement. Jean Nouvel est remonté, quoique très courtois. Voici la retranscription de lenregistrement.
Jean Nouvel : ..... Cest un projet sur le vide La grande halle fait 22 mètres de haut, cest ouvert et il y a une lumière totale, il y a une continuité avec la rue de la Cossonnerie, ce que lon ne comprend pas sur la maquette de lexposition.
Je ne sais pas régler les rapports déchelle, de complexité, de continuité, de contextualité, etc, sans un tel travail ( montrant la maquette), je suis peut être un crétin, mais je ne sais pas faire cela sans une tel travail. Cest un projet de contextualité dans tous les sens du terme, cest un projet de correspondance. Correspondance sur les objets, sur les perspectives, pour pouvoir évaluer de façon tangibles les différents objets, on les mets on les enlève, et là on comprend. Si on regarde, depuis la rue de la Cossonnerie, Il y a une sorte de grand spectacle, une série dimages, de messages, plus la ville qui se reflète. Une halle couverte de cette taille là à Paris, qui vient communier sur différents spectacles je nen connais pas. Je ne crois pas que lon puisse démolir un site comme celui là pour refaire la même chose, cest une réponse pour Paris. On ne peut pas parachuter, un grand bloc, des petits blocs, un demi bloc ou tout ce que lon veut, parce que un projet comme cela, cest un projet durbanité. On a fait une belle catastrophe une fois il y a trente ans. Je pense quune ville cela se fabrique par de la valorisation de dialogue.
Je ne vois absolument pas en quoi des objets comme la grande halle, des objets comme le conservatoire, je ne vois pas pourquoi ces objet seraient devenus tout dun coup, plus ringards, en quoi cela serait une attitude dépassée, quand je lis un certain nombre darticles, on a limpression que je nai rien inventé, que je serais dans une sorte de passéisme suspect.
Un jardin de cette taille comme cela, cest une véritable invention typologique, je crois que quand je me situe dans la clarté de lhéritage des jardins parisiens, il faut analyser les mots quand même, clarté de lhéritage , cela ne veut pas dire que je refais la même chose, cela veut dire quil y a une invention qui est fabriquée en fonction de ce lieu. Je ne peux pas faire cela, si je nai pas quelque chose en face comme Saint Eustache par exemple.
Cest une attitude qui est liée à une réalité, en même temps, si on regarde les inventions typologiques, quelque chose comme cela cest un passage couvert de 22 mètres de haut, avec la terrasse qui en dessous devient un véritable préau, je nen connais pas trop des comme cela en typologie, je ne crois pas que lon ai vu cela si souvent. Le fait de percer cette halle, par ces vues, les façades sont évidées à plus de 60%, ce nest pas une masse aveugle.
Une fois encore, un projet de définition.... on ne peut pas dire que cest un projet. Cest une stratégie, je suis obligé de montrer ces choses là, pour que lon puisse comprendre ma stratégie, si je fais des images, ce nest pas pour dire que cest bouclé, que cest figé. Si je propose un conservatoire, à 50 m de St Eustache, dans cette position là, cest le résultat de ce travail. Si je faisais un cube blanc, on va me dire, quest ce quil vient faire là ? On a institué un dialogue. Il ne faut pas confondre ce qui est de lordre dun scénario par rapport à une étude de définition, qui navait jamais de vocation de rentrer dans une opération publique de communication. Je crois que lon est dans lincompréhension, cest avec cette maquette au 1/100 et pas avec le petit bout de maquette exposée au public que lon peut voir cela. Je crois que lon confond projet darchitecture et stratégie urbaine. Je pense que je suis dans la bonne stratégie urbaine, je suis dans le dialogue, jai proposé un système spatial, un dispositif spatial qui peut sadapter à tout, et si lon veut dans le cadre dune étude de définition comme celle là, il faut proposer limage la plus contraignante que lon peut alléger, ce ne sont pas les architectes qui ont décidé de la densité du site. Ici on a appliqué la densité la plus forte pour l allèger le cas échéant. Si on me dit, denlever telle ou telle partie, Cela marche aussi bien.
Les immeubles le long de la rue Berger présentent une transparence (en rez de chaussée) de 8 m, cest comme à la fondation Cartier, si quelquun me dit quil ne peut pas vivre dans des conditions comme cela... cela me fait rire. Je veux bien quil y ait des droits acquis pour léternité, mais je ne vois pas de quoi on me parle? Là, il sagit dun projet pour lensemble des parisiens, on va remixer tous les publics, cest une dilatation du forum des images, qui prend la halle elle même, si ils nen veulent pas, on lenlève. Il faut que lon retrouve la dignité du site, qui soit digne de Paris et avec une invention. Je suis désolé, mais des opérations urbaines qui règlent des problèmes comme cela je nen connais pas beaucoup, je veux bien me faire insulter, mais cest tout de même un travail un peu pensé et cest fait avec beaucoup de réflexion. Quand on regarde ce forum, 60000 m2, complètement coupé de la ville, et qui napporte rien à la ville. Si on regarde cette halle qui se reflète dans le plafond, jai, par le système de place couverte, un lieu durbanité, sans pour autant avoir un centre commercial qui viendrait séparpiller dans le jardin. Je crois que cela ne serait pas parisien, cela serait tout ce que lon veut, mais absolument pas parisien, et cela ne correspond pas du tout à la nature, et à lidentité de Paris. Cest très important de retrouver un rapport dans ce programme. Quest ce que cest quun grand jardin public ? comment on acquière sa noblesse. en quoi il peut être un lien, un lieu durbanité ? je suis sûr que cest le projet le plus vert de tous. En surface cest une chose, mais cest aussi lutilisation de ce matériau végétal en nouvelle stratégie, ce nest pas le reconduction de quelque chose que lon connaît. Je crois beaucoup à la synergie de ces choses là. Je crois beaucoup que lon ne peut pas laisser la façade de Saint Eustache comme cela, sans correspondances, et tout ce travail a été fait avec larchitectes des A.B.F, tout cela nous mène à revaloriser tous les éléments du site. Le projet cest une succession de places en fait. Cest un travail sur la stratégie urbaine, qui prend en compte la modernité, et qui sera fait par des architectes différents.
Archicool.com : Le jardin suspendu ne pose til pas un problème de ressenti au pays de la fracture sociale ?
Jean Nouvel : ( s'énervant) Mais quest ce que cest que cette connerie ? mais qui dit une connerie pareille ? sous prétexte que les terrasses parisiennes sont privées, pourquoi un jardin de la taille de la place des Vosges sous prétexte quil est à 20 mètres de haut, pourquoi il ne serait pas public ? Si le jardin permet daccueillir 4000 personnes. Cest un jardin qui permet de venir conquérir un espace dans la ville. Chaque jardin doit avoir ses propres caractéristiques, je ne vois absolument pas pourquoi on pourrait dire parce que ce jardin est en hauteur quil est aristocratique.
Archicool.com : ...Parce quil est soclé ?
Jean Nouvel : Mais quil soit soclé, je ne vois pas ce que cela fait ?
Archicool.com : ... Quil est valorisé par rapport au niveau inférieur, au niveau du sol naturel.
Jean Nouvel : Cest une nouvelle typologie.
Archicool.com : Qui paiera le surcoût de la structure liée à la surcharge du jardin ?
Jean Nouvel : A partir du moment ou lon fait un équipement comme celui là, les commerces vont payer les surfaces créées dans ce que lon appelle la nouvelle halle. Que sur la halle on vienne y mettre à un certain moment des équipements comme un fitness, une piscine, et des équipements ludiques, ce nest jamais quune valorisation dune structure qui est déjà là. Si on fait une toiture dherbe, je vous signale quand même quen Suisse, en Allemagne on fait cela régulièrement pour des raisons écologiques, de préservation de létanchéité, de variation thermique. Il ny a aucune contradiction, il ny a pas en terme financier de surcoût. 90% de linvestissement est déjà payée, ensuite que je fasse une toiture qui soit accessible, cest une chose sans incidence sur la logique économique
Archicool.com : Les toitures composées dun complexe détanchéité planté d'une pelouse cest très fin, cela na pas de conséquence en terme de charge. Vous, cest un jardin avec des arbres ?
Jean Nouvel : Cela dépend desquelles. Ici vous avez quelques arbres, le reste cest essentiellement des graminées qui montent jusquà 1,5m.
Dans le cahier de lexposition, nous expliquons comment chaque poteau est étudié, comment cest étudié, pour recevoir un jardin de cette nature là.
Archicool.com : Pourquoi avoir conservé un plan densemble symétrique ?
Jean Nouvel : Parce que il y a un certain axe sur ce site, qui ne dépend pas de moi, il est là depuis un certain temps, cest vrai quil a été miné par lopération dil y a trente ans que nous connaissons actuellement, par le plan de lAPUR dil y a trente ans, qui pour moi est une aberration. Mais si on regarde le quartier dans sa logique historique, il faut sortir du fractionnement. les grandes dimensions du site sont actuellement détruites, ici on retrouve une visibilité du site. La façon de lire le site, de décomposer le site en différentes plaques, cest une sensation de respiration, sensation liée à léchelle parisienne, il faut raisonner par rapport à l echèlle du lieu. Cest un lieu de centralité, on ne peut pas faire des choses gratuites.
Archicool.com : Quand on regarde vos oeuvres récentes, il y a une obsession du monolithe, certes ce nest pas un monolithe opaque ?
Jean Nouvel : Cest lhistoire de la toiture unificatrice, qui répond à un certain nombre de situations, cette toiture est unificatrice, Lucerne, Sofia, Nantes, cela nimplique pas une écriture, ce que jai fait ici, je ne lai jamais fait ailleurs avec un jardin sur le dessus, un miroir à la verticale, avec un miroir en sous toiture, cest une typologie au sens tellement large, ce nest pas parce que je prône la spécificité que je nai absolument aucune continuité dans les idées, je pense quil y a un certain nombre danalyses qui répondent à un certain nombre de situations. Il faut garder les continuités. Ce nest pas un monolithe, cest un quartier couvert, cest une halle ouverte.
Archicool.com : Est-ce que une toiture unificatrice de cette taille nimplique pas une forme dautorité , dautoritarisme urbain ?
Jean Nouvel : Je ne crois pas, ce nest pas du tout comme cela , on est dans un monde de multi activités, si on imaginait ce quétait les halles de Baltard pour ceux qui lon connut. Cest une façon de rassembler la ville, de lier des éléments du forum, du commerce, ce nest pas un bloc, jai fait un bâtiment public, je lai fait à Nantes....
Archicool.com : Cétait un palais de Justice, un lieu de lexpression de lautorité de lEtat..... Une question qui na rien à voir. Pour vous quest-ce que le 11 septembre 2001 à changé ?
Jean Nouvel :sur le plan de la structure ?
Archicool.com : Sur tout, sur la perception de la ville, de la réalité, de la la réalité perçue par la société.
Jean Nouvel : Je ne crois pas que cela ait changé beaucoup de choses , Par contre on peut penser que les bâtiments les plus exposés seront conçus pour supporter des événements imprévus. Par exemple on sait que la structure des twin towers était assez légère. Ensuite, si il y a des changements, ils sont du domaine du politique, mais ce nest pas à nous architectes, dy entrer.
Archicool.com : Mais au niveau de la perception de la réalité, dune société en développement, intouchable, et qui dun seul coup réalise quelle est vulnérable, destructible, est-ce que pour vous cela à un impact ? Est-ce que cela à changé quelque chose dans votre manière d'aborder la conception de vos projets ?
Jean Nouvel : Cela peut provoquer une prise de conscience que la ville, la société, est une cible, mais cela devient une question politique. Mais, nous architectes, nous sommes des techniciens. Je pense que cela peut influer la nature des programmes qui nous sont donnés.
Archicool.com : Cest un transfert de responsabilités sur la programmation, et les politiques ?
Jean Nouvel : Si larchitecture devait changer le monde...., si les architectes pouvaient faire en sorte que les terroristes nexistent plus....
Archicool.com : Dernière question, vous étiez à la remise du Grand prix darchitecture et au vernissage des NAJA, que pensez vous des nouveaux albums de la jeune architecture ? de la situation de larchitecture en France ? et notamment de laccès à la commande des jeunes architectes ? Est ce que vous croyez quils ont les mains libres pour accéder à la commande publique ?
Jean Nouvel : Je crois que cest une éternelle question. Je suis toujours attentif à ce qui se fait , à voir de jeunes architectes, arriver à soumettre leurs propositions. Les albums de la Jeune Architecture, cest très important, parce que cela permet de mettre un certain nombre déquipes en situation. Cest une continuité, cest une exposition qui est bien faite, je trouve que Faustino à fait un travail remarquable. Jai commencé à regarder le travail des uns et des autres, jen ai vu de très intéressants.
Archicool.com : Vous pouvez dire deux ou trois noms déquipes que vous avez remarqué ?
Jean Nouvel : Non, je risquerais de faire des déçus;
Archicool.com : Par contre La première génération dalbums avait été créée pour faire connaître de jeunes maîtres doeuvres auprès des ministères constructeurs, aujourdhui il ny a presque plus de commande publique, du fait de la décentralisation et bientôt des PPP ?
Jean Nouvel : Les concours publics existent toujours, je fais rarement partie de jury, mais à chaque fois jentends ; alors on va prendre des jeunes, et on regarde les albums. Je serais pour quil y ait un quota de concours réservés aux jeunes.
Archicool.com : Comment évaluez vous le niveau de la création en France par rapport à létranger ?
Jean Nouvel : Jai limpression quen France on aime bien souffrir le martyr, je crois franchement que la création ne se porte pas plus mal en France quailleurs.
Propos recueillis le 1 juillet 2004. Paris/ Cité dangoulème/ Agence Architecture Jean Nouvel
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