Jérôme Auzolle : quel est votre parcours ?
Jean-Christophe Quinton : Je vais vous répondre que les éléments de base que je garde aujourdhui, étaient déjà là il y a très longtemps. Les bases, ce sont surtout une façon de regarder la ville, et dans mon cas jai dessiné la ville très tôt. Pour lanecdote je me souviens dune réunion en maternelle , ou linstitutrice faisait part à mes parents de son étonnement que je dessinais en trois dimensions.
J.A : Vous baigniez dans un milieu Culturel ?
JCQuinton : Pas du tout, mes parents étaient fonctionnaires, un milieu dans lequel la culture de larchitecture nétait pas une préoccupation, et à laquelle on naccède pas. Cest une réaction innée très forte. Cela répondait à une nécessité dappréhender les choses à travers le dessin. Après , jai eu un parcours classique de bon élève avec un bac math physique, puis un parcours scientifique, plutôt mathématique, après le bac.
J.A : Donc, un cursus vers des sciences dures....?
JCQuinton : Oui, mais la préoccupation était moins le caractère rationnel des mathématiques, mais plutôt la philosophie que lon pouvait en tirer. C'était ma façon dapprocher les sciences, une façon que je nai pas retrouvé ensuite, la façon dont on peut aller à la rencontre du talent. Le talent scientifique est quelque chose de très intéressant. Dans lhistoire des sciences, ce sont des points singuliers de linflexion de la connaissance, ou lon voit lintelligence et le talent de la personne qui transforme le monde. Ce sont des moments, quand on fait des études scientifiques, ou lon est amené à goûter la mesure de ces talents.
Et puis ensuite jai un parcours classique à la fac de Science, jai enchaîné avec lécole dArchitecture de Rennes
J.A : Comment êtes vous passé des sciences à larchitecture ?
JCQuinton : Cétait à la fois une rupture et ce nen était pas une, il faut dire, que je passais mon temps à la fac de sciences à dessiner pendant les 35 heures de cours hebdomadaire de mathématique et de physique. Il était temps de se rendre compte des choses, et de trouver une activité qui pouvait lier le dessin et la réponse à la ville.
A ce moment, je ne savais pas que le métier darchitecte existait, or je lexerçais presque de façon naturelle sans en avoir la connaissance. Quand jai compris que ce métier existait, et que la façon de laborder était dentrer en école darchitecture, j'y suis entré.
J.A : Vous auriez pu faire les Beaux-arts au lieu dune école darchitecture ?
JCQuinton : Non, parce que ma préoccupation était extrêmement liée à la ville. Cela me semble un organe extrêmement artificiel, extrêmement fabuleux , extrêmement lié à la pensée que lon en a. La ville nest que lincarnation de létat de la pensée au moment ou on la perçoit. Les Beaux Arts, pour moi cest moins un outils pour participer. Alors que larchitecture; par exemple au travers du concours darchitecture des années 70 pour le centre Beaubourg, permet de voir à quel point, le projet de Renzo Piano et Richard Rogers nétait pas un objet, mais une sensibilité à la ville, un positionnement par rapport à la ville, cétait le seul projet qui dégageait une place urbaine. Cette intuition là, est une intuition darchitecte urbaniste. Cétait lintelligence de la ville, au lieu de remplir, saturer la ville. ils ont structuré la ville. Il y a plein de façons dagir dans la ville, mais cest à cause de ce type daction urbaine que javais mesuré, que cétait vraiment larchitecture qui mintéressait.
Jai commencé à Rennes, dans lécole construite par Patrick Berger, cette école me plaisait beaucoup, je passe mon D.E.F.A, cétait une étape très intéressante, que je nai pas retrouvé plus tard en montant à Paris. C'était liée à la personnalité des enseignants. le cycle comprenait deux cours complémentaires. Le matin , un cours de culture générale, qui était à la fois un cours rhétorique, avec des thèmes sur la matière, sur léchelle. Laprès midi un cours de réaction avec un thème qui était lié sur ce qui avait été présenté le matin, et qui durait quatre heures, et la semaine suivante on rendait un projet.
Lensemble immergeait les étudiants, dune façon que je nai pas retrouvé dans les autres écoles. Jenseigne moi même maintenant aux deuxièmes années, et je me rends compte avec le temps à quel point cette première année à été décisive pour souvrir et offrir la possibilité daller explorer .. cétait anti dogmatique, sensible.
J.A : Cela avait lair intensif ?
JCQuinton : très intensif. Ensuite je suis allé à Belleville, qui a dautres qualités, comme celle de rencontrer des personnalités auxquelles on peut se confronter.
J.A: Par exemple ?
JCQuinton : Des personnalités qui ont un regard sur lhistoire de larchitecture comme Fortier, un regard sur larchitecture contemporaine comme luçan, et puis bien évidemment Ciriani, qui est quelquun auquel, je pense, il vaut mieux être armé pour laborder. Cest à dire, savoir vers quoi on va. Mais il est intéressant parce quil a un point de vue auquel on peut se confronter. Mais ce nest pas une suffisance intellectuelle ou tout est bien à partir du moment ou lon fait un certain type de dessin. Cest forcément la nécessité de convoquer des arguments de réfléchir, pourquoi , comment on agit.
J.A : Comment définiriez vous le personnage Ciriani ?
JCQuinton : Ma rencontre avec Ciriani, est marquée par le fait que cest un de mes premiers professeurs avec lequel jai été obligé dargumenter. Je nétais pas dans une ambiance de références aveugles à une certaine période de la production architecture liée à la modernité, donc naturellement le projet nallait pas dans cette culture là. Si il y avait une certaine divergence, tout devait être discuté. Pour moi lintérêt, a été de constituer un argumentaire, et davancer en me questionnant, non pas en maveuglant. Voilà une bonne façon de faire cest de respecter les arguments de la modernité.
" Pour moi lintérêt, a été de constituer un argumentaire, et davancer en me questionnant, non pas en maveuglant. "
Tout minterrogeait. Je ne voyais pas pourquoi la forme devait suivre la fonction, pour moi cétait une dictature, En permanence il fallait sinterroger.
J.A : Quand vous dites la forme devait suivre la fonction, mais ils ne sont pas formalistes vos projets ?
JCQuinton: Bien sûr, la forme cest largument de larchitecte, il faut savoir ce quelle défend la forme. Il y a quelque chose qui procède de la forme, ou en tout cas qui va en symbiose avec, cest le positionnement de larchitecte dans la ville. Et cela est important, cela passe par la forme. Mais ces projets ne sont pas des préoccupations formelles, cest létat de lincarnation des préoccupations par rapport à la ville.
J.A : On retourne à Belleville.... vous passez votre diplôme en ??
JCQuinton : en 2000
J.A : Et après que faites vous ?
JCQuinton : Après il y a beaucoup de choses, je rencontre Patrick Berger, avec qui je travaille ponctuellement. Jai découvert, quil y a deux grandes étapes dans mon parcours : Tout dabord la curiosité de rencontre avec des enseignants. comme Ciriani pour mon diplôme.....
J.A : Ah bon ! vous avez aussi fait votre diplôme avec Ciriani ?
JCQuinton : Oui, cétait un sujet sur le programme dune ville à New York. Ce qui mintéressait à ce moment là, cétait de penser un projet à léchelle du bloc new-yorkais, il y en a très peu à New York., pratiquement pas. Il y a un découpage des blocs, dans lesquels on trouve toutres les grandes figures des tours new yorkaises. Lhistoire de New York est conditionnée par la grille, qui dessine un skyline qui a 4 à 5 étapes historiques. La ville plate, puis une deuxième skyline qui commence à prendre de la hauteur, puis les années trente avec les tours, une quatrième avec les twins, et lhistoire de New York en réaction. Et puis la dernière étape, la ville à léchelle des superstructures, cest à dire à léchelle des superstructures bloc.
Ce qui va avec cela, cest le programme, et le programme cest la ville, le socle se prolonge. La forme serait déterminée par ce prolongement, par comment la ville monte naturellement physiquement à la verticale, voilà cest ce rapport là qui mintéressait. Mener cette réflexion avec une personnalité comme Ciriani cest possible.
J.A : Nest-ce pas contradictoire ? La trame urbaine de la ville américaine, est tellement mécanique quelle permet pratiquement de faire la ville sans architectes, il ny a même pas besoin de penser la ville, elle se fait toute seule, cest un modèle urbain qui est fait pour se développer seul en fonction de logiques économiques et immobilières ?
JCQuinton : Oui ..... [....] .. mais New York ne sest pas construite sans architectes, New York est le résultat dune architecture de processus, New-York à eu des architectes qui ont organisé la congestion, ils ont organisé la densité. Ensuite évidemment il y a eu Koolhaas, et la encore il sinscrit dans des processus, plus que dans des formes. Voilà ce diplôme appartient dune certaine manière à cette catégorie là. Cest à dire quil est moins assujetti à sa forme quà un principe dimplantation quà une réaction structurelle. Vous voyez comme ces grand projets théoriques des années trente ou les architectes superposent les fonctions. Ce sont des processus lancés par des architectes.
J.A : Oui , mais quelque part, est-ce quils nétaient pas déjà écrits ces processus, déjà induits, par la trame de la ville
JCQuinton : Oui, vous avez raison, cest une convergence. Dans ce sens là, il ny a pas dinvention pure, je ne crois pas que de la part de larchitecte, il y a un diagnostic, une sensibilité, et un saut qualitatif, dans la situation dans laquelle il se confronte.
Pour en revenir à ce qui se passe dans lexemple du centre Beaubourg, il y a dedans, lintelligence de la ville, une perception, un regard extérieur, ce qui fait que ce sont deux architectes étrangers qui ont le meilleur regard sur la ville, un diagnostic intelligent; je pense à des mots de Louis Kahn, ou il parle de la convergence des mots, cest un peu cela.
Pour en revenir à New York. Il y a lidée, de soffrir loccasion dinscrire une nouvelle étape. Cest un peu prétentieux, en tout cas dy réfléchir. Ensuite jai enchaîné dans un autre univers qui est celui de Patrick Berger.
JA : Vous naviez pas envie daller travailler chez Ciriani ?
JCQuinton : Il faut revenir à la façon dont jai rencontré Ciriani, cétait un choix précis, je recherchai quelquun qui pouvait créer un débat, sans provoquer les réflexes habituels. Pour résumer, le point essentiel pour un architecte cest de se constituer sa culture du projet, et pour cela il y a une étape cest de rencontrer des gens avec qui ont a une chance déchanges intenses. Dans le milieu de larchitecture, il y a assez peu de personnes, au niveau du projet, avec qui ont peut avoir des prises de position.
" le point essentiel pour un architecte cest de se constituer sa culture du projet "
Les deux personnalités que jai rencontré : Ciriani et Berger, le premier, Ciriani, cela a été une rencontre de combat, et puis le deuxième cest la découverte du partage de la culture du projet. Cest à dire le temps du projet, et la façon dont les éléments qui constituent le projet interviennent.
Il y a 3 points
Léchelle : Lier la pensée de ce projet à la grande échelle. Par exemple pour LEuropan VII , je travaillais sur Nanterre sur une petite parcelle, mais lidée était de penser à léchelle de la Seine, et de voir comment en intervenant ponctuellement au niveau de lautoroute on peut assembler un paysage à léchelle de la Seine. Intervenir sur un paysage qui a un écho sur lensemble des paysages qui bordent la Seine.
Deuxième point: Le territoire : De ramener les choses à une identité du territoire, afin de créer à chaque projet un appui qui va permettre la personnalité du projet.
Troisième point cest lier lécriture du projet et sa structure. Cest pour faire intervenir la forme de façon singulière. Pour moi la forme est liée à lécriture, et lécriture à la culture du Projet. Ma sensibilité mamène à prendre position, non pas de façon abstraite. Voyez un projet avec des porte à faux dont on ne voit pas la logique structurelle, ces projets là, je nai rien contre, mais ce nest pas ma façon de me plonger dans les problèmes, je suis plutôt sensible aux projets narratifs, ceux qui racontent comment ils sont construits.
JA: On revient encore à Beaubourg....
JCQuinton : Beaubourg, ce projet explicite en permanence la façon dont il se positionne par rapport à la ville. par rapport à une expression de la matérialité, pour moi cest très abstrait. Cest la culture de la différence, la différence cest avant tout une grande qualité, cest la façon daller chercher lautre, et de prendre ce que lautre à de mieux, afin de saffirmer et de donner. Voilà en ce sens là, je nappartiens pas, je ne revendique pas une école, historiquement comme on en a connu, pour démontrer systématiquement quil ny a quune façon dagir.
JA: Aujourdhui, vous travaillez toujours chez Patrick Berger ?
JCQuinton : Jai une activité en trois temps. La première cest lenseignement, cest très important, parce que je me rends compte à quel point les élèves que je rencontre sont retenus, sont crispés, et une grande partie de ce métier consiste à les libérer.
JA: Les désinhiber ?
JCQuinton: Oui cest exactement le mot, il y a une sorte de peur de mal faire, qui empêche dagir, il ny a aussi que la culture des jeunes architectes, est en général extrêmement défaillante. Le premier point de vue est la façon daller vers les choses. Leur culture est très superficielle, il faut savoir que la culture de larchitecte est très spécifique. Cest de notre responsabilité de la constituer. La richesse de notre métier, cest que lon peut inventer la façon de le faire. Pour moi il ny a rien de plus insupportable quun jeune architecte qui est embrigadé. qui se restreint, et qui ne soffre pas la possibilité de penser quil a la responsabilité de le faire. On peut écrire, on peut voyager, on peut aller vers les autres, comme on peut sexclure du monde.
" La culture de larchitecte est très spécifique. Cest de notre responsabilité de la constituer. La richesse de notre métier, cest que lon peut inventer la façon de le faire. "
Larchitecture cest aussi loccasion de convaincre de lénergie quil faut investir. Cest le deuxième point, la conviction de faire le projet, davoir de la personnalité, et davoir un point de vue à défendre, de se positionner.
JA : Lenseignement cest le premier temps, et après?
JCQuinton: Le deuxième temps, ce sont des interventions ponctuelles chez Patrick Berger. Cest une agence très singulière, quil a inventé et qui lui correspond, il y a deux agences une qui fait de la conception et une qui construit.
Le troisième temps : développer une agence, ce nest pas une obsession, cela viendra, ou cela ne viendra pas.
JA : et si cela ne vient pas ?
JCQuinton : Je pense quil y a différentes façons dagir. Chaque projet est une somme, qui permet de participer au débat sur la ville. Cest un moteur. Construire cest très important, jai envie de le faire, mais cest un métier à long terme. et cest pour cela que cest un métier fantastique, si je construis dans dix ans, cela sera très bien, ce nest pas une inquiétude.
Mes inquiétudes reposent plutôt sur le fait de pouvoir participer à un débat. Pouvoir donner de la matière pour réfléchir.
JA : Pourquoi aviez-vous déposé un dossier de candidature, pour les NAJA ?
JCQuinton : Cela fait dIx ans que je travaille en agence, jai toujours maintenu un contact fort avec lécole, et un travail personnel. Lensemble fait quil y a de la matière. Pour moi cest une façon daller au devant des gens. Dêtre dans la ville.
JA : Vous avez déjà eu des retombées, des contacts ?
JCQuinton : Oui Françoise Jourda ma invité à participer au workshop pour la biennale de Venise. Ce qui pour moi est très bien de réfléchir avec dautres intervenants.,
JA : Que vous a révélé Ce workshop ?
JCQuinton : Pour moi cela a été loccasion de défendre un point de vue face à des gens singuliers, qui ont chacun un positionnement très fort. Cétait intéressant de voir la place que chacun laissait aux autres. Cétait très constructif, en tout cas notre groupe a bien fonctionné. Lexercice était un peu spécifique, deux jours, des points de vue, une maquette à fabriquer, on avait tous envie daller un peu plus loin.
JA : Françoise Jourda était avec vous ? elle intervenait ?
JCQuinton : Au final cest elle qui va défendre les partis choisis. Cest elle qui va défendre le débat, il sagissait de la convaincre de nos options. Cétait intéressant de défendre la ville non pas comme une finalité avec un plan rigide, mais un processus, des règles , des globalités daction, plutôt que des formes. La dessus on sest un peu tous retrouvés.
JA: Dans vos propos revient souvent le mot processus
JCQuinton : Oui ce qui mintéresse, cest moins de piloter les choses, lévolution par la forme, que dimaginer les règles, qui vont, elles, produire les qualités du site, chaque projet est le lieu de réinvention de ces règles, dexploration du programme ou du lieu, cest extrêmement emblématique pour cela
JA: Pourquoi avez vous choisi ces projets pour les albums ?
JCQuinton : Ecoutez , il y a une trentaine de projets, il fallait en choisir deux ou trois, pour moi ils sont assez emblématiques de tout ce que je vous ai dit. Par exemple le musée dEgypte est lincarnation dune réaction au site. Au choc frontal que représente la dualité de lEgypte.
JA: On retrouve souvent ce concours parmi les projets présentés par les équipes lauréates des NAJA, vous ne trouvez pas ?
JCQuinton : Cest un sujet emblématique, imaginez de jeunes architectes qui ont loccasion de réfléchir, sur un musée, sur lhistoire, sur lhéritage, avec des moyens daction à léchelle dune ville, voire à léchelle dun pays.
JA: Nest-ce pas paradoxal, si il y a bien un sujet sur lequel un jeune architecte est peu crédible, cest bien la grande dimension, le grand projet non ?
JCQuinton : Vous savez qui a gagné ?
JA : Non
JCquinton : De jeunes architectes.
JA : Quel âge ont tils ?
JCQuinton : Ils ont le même profil que Ceux qui gagnèrent Alexandrie, ils avaient moins de trente ans.
JA: Dominique Perrault a gagné la BNF à 36 ans ....
JCQuinton : Jorn Utzon a gagné à la trentaine lopéra de Sydney, il avait juste construit la maison de ses parents et un lotissement. Cest intéressant parce que cela montre quil y a un préjugé à penser la jeunesse comme un handicap pour la taille dun programme.
JA : Plutôt un manque de vécu..
JCQuinton : Si vous regardez les architectes lauréats, ils ont déjà dix ans dexpérience.
JA: Oui mais dans un métier à maturation lente comme larchitecture dix ans ce nest rien .
JCQuinton: Oui cest vrai, mais je ne suis pas convaincu que la jeunesse soit un handicap, il y a la fraîcheur, une certaine ignorance dun certain contexte, une ignorance des contraintes. On voit comment les grandes agences sont constitués, il y a beaucoup de jeunes architectes.
JA: Il ny a queux..
JCQuinton : Et ils déterminent les projets.
JA : Toujours au sujet de ce concours du musée dEgypte la journaliste du numéro spécial de DA consacré aux NAJA met en exergue cette phrase : Vous dites : le musée sinscrit dans un périmètre identique à la base de la pyramide de Gizeh Vous revendiquez cela ? Quel est lintérêt ?
JCQuinton : Il faut voir que le musée dEgypte sinscrit dans une pensée générale, cela cest lanecdote, le musée quil fasse 233, 211, 250 mètres pour moi cest anecdotique.
JA: Cétait un point de départ ?
JCQuinton : Non, cela concrétise une étape, un point de vue. Ce qui est déterminant dans le musée dEgypte, cest de dire quun bâtiment peut sincarner, en sappuyant très symboliquement sur la perception du lieu. Cest à dire que lEgypte est duale, il fallait que le bâtiment le soit à beaucoup de points de vue.
LEgypte est duale entre la ville totale, et le désert total, le passé, et la modernité. Entre la basse Egypte et la haute Egypte, et qui passe son temps à sunir et à se désunir. La leçon de lEgypte cest que cest le pays le plus rayonnant, à lhistoire la plus fabuleuse à explorer et que cette culture nait de lunité de deux aspects très contradictoires, la haute Egypte et la basse Egypte.
Nous ce que nous disons cest que le musée devait exprimer cela, il fallait trouver comment larchitecture pouvait arriver à exprimer cela, dune autre manière quun historien qui peut beaucoup mieux lécrire que moi.
Voilà comment cela marche, on encastre le musée. Dun coté vous avez le désert total, de lautre loasis avec la ville de vingt millions dhabitants. Coté désert on ne voit quune ligne de front. Du coté de la ville on voit une façade, un bâtiment monumental, cest un palais. il est à léchelle de la représentation symbolique de la Culture etc.. A linverse coté désert il nest plus quune ligne très fine, un havre, comme une oasis dans le désert. Nous on dit, dun coté cest un manifeste urbain, de lautre cest une disparition.
Ensuite ; cette idée on la déploie en coupe. Si vous regardez lencastrement dans le plateau de Gizeh, ce sont des matériaux très lourds, ils évoquent larchitecture antique égyptienne, à linverse en superstructure, il y a une sorte dexpressivité , et on arrive dans un autre univers. Pourtant il y a un écho entre les deux. Ce sont des structures qui renvoient les unes aux autres, nous on construit on a confiance. Le musée est lassemblage de deux structures qui le constituent. Au final il y a deux perspectives structurellement identiques. On voit les gens qui marchent dans le musée, cest à la fois marcher dans le désert, et à la fois marcher dans la ville de vingt millions dhabitants en même temps. Voilà...
JA: Quelque chose qui revient dans vos projets, c'est La répétitivité, ce nest pas un hasard, cela solutionne quoi pour vous ?
JCQuinton : Vous, vous y voyez une répétitivité ...
J.A: Je ne la vois pas ! elle existe !
JCQuinton : Je rebondis sur vos mots, Je crois que lorsque on attaque un projet, on recourt à une grande question que lon détermine. Là cétait la nécessité que le projet culturel du musée sincarne dans son architecture.
Quand on a trouvé la question à se poser, on a énormément avancé, il y a mille façons de faire le musée dEgypte avec dautres questions.
Je crois quil faut mettre en uvre les éléments qui permettent la plus grande lisibilité. Dans chaque projet on reconstitue les éléments que lon a besoin. Cette répétitivité cest lorganisation même du musée, il est constitué de neuf périodes historiques, depuis la préhistoire jusquà lépoque moderne. Ces neuf périodes sont additionnées au fait quil y a cinq thèmes au musée de lEgypte.
la vie quotidienne, la religion, le travail, lécriture et la culture.
Dès que lon a confiance dans le programme on le concrétise. le deuxième point cest la façon même dont le musée va fonctionner : neuf périodes, donc neuf grands poteaux, ensuite cinq thèmes , ces thèmes sont réparties dans les neuf périodes, ce qui fait que ce grand toit va faire entrer la lumière de façon spécifique, la lumière va physiquement marquer les zones de chaque thème dune manière différente.
Cela veut dire quoi? quil ny a pas de cimaises dans le musée dEgypte, on na pas besoin de support , donc on sen débarrasse. Quest ce qui va faire larchitecture du lieu ? la structure principale et la façon dont la lumière va venir, et cela est lié au programme. Mais quand on est dans le musée, on na pas besoin de signalétique. Ensuite chaque thème aura une lumière particulière.
Lidée, cest que lorsque lon construit dans le désert, on ne construit pas avec du second uvre, on construit comme on a construit les pyramides, uniquement avec du gros uvre. Il ny a quune structure.
JA: Idéalement, cest assez convaincant, et comment dire ... cest un projet que pourrait revendiquer Patrick Berger finalement ?
JCQuinton : Ecoutez, il faudrait lui demander. Pour en revenir à la répétitivité, pour moi que quelquun de lextérieur me dise cela, cest possible, mais pour moi cest un accident.
Cest un résultat, sur cet autre projet,par exemple, Mon idée était de faire des refuges à la montagne dans des conditions daccès difficiles. Cest un petit projet autarcique. Vous avez des boxes des petites boites en bois, qui comprennent en fait deux lits, avec des fenêtres horizontales. Ces boxes sont empilés les uns au dessus des autres. ils sont enfilés sur un socle qui contient le filtrage des fluides.
Cest une sorte de dortoir vertical en montagne. cest juste un abri, Il se trouve sur des terre indiennes, et évoque un totem, cest une évocation, une trace.
J.A: Justement en parlant de totems, le totem cest un objet singulier. Dans tous vos projets représentés ici, il y a une constante de la singularité.
JCQuinton : Oui Cela reflète un choix, de cette sélection de projets, Jai envie de répondre que larchitecte est avant tout quelquun qui est dans la ville, et sa force est de réagir correctement à la ville. Là ....
J.A : Mais curieusement dans tous vos projet présentés, on ne voit pas la ville, ce sont des objets singuliers, il ny a pas de rapport à lautre, ces rapports napparaissent pas.
JCQuinton : Oui, vous avez parfaitement raison. Il y a différentes façons de présenter son travail, cest un choix spécifique, ici il sagit de montrer les liens entre les architectures, les projets, la continuité dun travail, plus que la façon dont larchitecture intervient dans les lieux et dans la ville.
JA : Pourquoi ce choix ?
JCQuinton : Il y a un fil rouge, qui existe à travers plusieurs préoccupations:, lécriture, la ville, il y a différentes façons de faire écho entre ces projets.
Par exemple lEUROPAN VII , on passe de la grande échelle à la petite échelle, avec un fil rouge, lidée quil y a des scènes qui se jouent à chaque échelle. Et que dans chacune de ces scènes, larchitecte peut agir dessus, les organiser, et peut en promettre de nouvelles, en tout cas davoir une démarche optimiste pour la ville.
La grande échelle, cest la région dIle de France, et de dire que lorsque on intervient à Nanterre on peut penser une intervention qui est à léchelle des monumentalités qui bordent la Seine à léchelle de la Région. Pourquoi ne pas réagir comme cela ? Pourquoi au lieu davoir une énième université qui se ballade à larrière des terres , un peu perdu, pourquoi ne pas la mettre en relation avec la Seine et créer un nouveau paysage ? Cela nest ni plus ni moins la façon dont les Invalides répondent au paysage parisien. On peut faire du logement en pensant que cest un geste qui va permettre davoir une vision de la ville qui englobe les éléments qui la constituent.
Après on fait un saut déchelle, et on se rend compte que chaque entité peut constituer un paysage. Parce que les liens qui les unissent sont déjà une continuité, une vision de la ville. une continuité naturelle.
JA: Il y a une dimension fractale dans cette démarche non ?
JCQuinton : La vraie fractale, cest lorsque lon retrouve le même motif, ici cest une fractale un peu abstraite, un peu rhétorique. Mais lidée est intéressante, il aurait fallut que la nature de chaque élément est un écho à chaque échelle.
JA: On va finir avec deux questions : Quavez vous pensé des projets pour le réaménagement des Halles ?
JCQuinton : Je suis très intéressé par la façon dont la réflexion sest incarnée, je suis très réactif par rapport à certains projets.
Je crois que le parti le plus urbain que je défendrai, cest le parti qui défend lespace , le vide, qui défend la lisibilité, et qui fait resurgir le sol. Ce sont les trois éléments, à mon avis, qui sont en adéquation avec Paris.
Le vide à cause de la densité de la ville. Le sol parce que un lieu cest une histoire de sol, et il se trouve que aux Halles il y a deux sols, le sol naturel, et le sol concave du réseau. Et la lisibilité, parce que dans lespace public on a besoin que les choses aient un rapport direct . En ce sens il y a un projet qui simpose, parce que il tient la périphérie, il fait lire la périphérie, il fait lire le maximum de vide, et il organise un nouveau paysage, et il relie les extrêmes, cest le projet de OMA/Koolhaas.
Dune certaine manière il a la même intelligence que Beaubourg, la façon dont le projet sincarne et concrétise lensemble des enjeux urbains.
JA: Comment expliquez-vous la différence de réponses entre les projets français et hollandais ?
JCQuinton : Je crois quil y a des intelligences qui sont convoquées de façon différentes. Le mérite de ces projets, ils sont extrêmement explicites. On voit ce que chacun défend, les projets de densité défendent là ou est largent et comment on lutilise, dautres défendent plus des projets plus abstraits, une dimension un peu festive, un peu foraine de la ville. Et puis il y a le projet de OMA/Koolhaas dont la grande force est dêtre à la convergence de toutes ces idées.
JA: Comment nourrissez-vous votre réflexion, Vous lisez beaucoup, vous allez voir les expos, vous regardez la télévision, vous allez au théâtre à lOpéra ?
JCQuinton : Je nai pas la télé... Non, la vie darchitecte à peu de temps libre, ils sont mêlés , il y a un temps de production très intense, très concentré, et puis il y a pour moi la culture de la différence, la chance de ce métier, cest de faire intervenir le regard de multiples professions, on travaille autant pour le théâtre, le cinéma, lhistoire que luniversité. on a la chance de rencontrer des gens qui ont des points de vue. Ma culture vient dune culture du point de vue.
JA : Au sujet de la culture de la différence, dans lexposition des NAJA Quelles sont les équipes que vous avez remarqué ?
JCQuinton : ...Silence
JA: Il faut vous engager.
JCQuinton : On va en parler.... On est en perpétuel engagement, quand on est architecte, on ne fait que cela.
JA: Il y en a qui se débrouillent pour ne jamais sengager.
JCQuinton : Quand on fait le musée dEgypte on sengage. Les architectes donnent beaucoup et en retour quand on voit comment fonctionne par exemple les associations, qui crachent sur les architectes sans avoir la moindre culture architecturale. En fait, on soffre aux autres, et on offre ce que lon pense le mieux sur la ville.
JA: Donc sur lexposition ?
JCQuinton : Je nai pas de conformisme béat devant les gens, je pense quil est important quil y ait des architectures singulières. Jai un coup de coeur pour léquipe Fernandez Serres, il livre un chalet à Abries, cest un projet intelligent, il est mieux quintelligent, il dépasse lintelligence. il y a Karine Herman, je la connais depuis longtemps, jaime la façon dont elle est singulière, elle nattend pas, elle produit sans attendre, elle produit cinq projets sans quon les lui demande.
J.A : Jaime bien votre projet de maison de la paix à Genève.
JCQuinton : Cest un concours en association avec Karsten Ruf, un architecte allemand. Cest un projet sur la différence et la difficulté de compréhension des cultures différentes. Mais là, vous êtes bien placé pour comprendre.
J.A : ... On apprend tous les jours.

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Ci dessous : ATELIER POUR UN PEINTRE, Madame GAZANION
Mazan, Vaucluse, surface : 45m2, étude septembre 2002.
Aux pieds du Mont Ventoux, latelier lieu dactions et de rencontres est un carrefour de fonctions. Au centre, une pièce pour travailler, sur ses quatre côtés et au dessus, les programmes définis par le maître douvrage : un boudoir, une cuisine, un bureau, un stockage. Une typologie issue dun assemblage basique invite à une écriture contrastée basée sur lexpressivité du module qui compose cet assemblage.
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EUROPAN 7, NANTERRE « Paysages assemblés et scènes super-flux ».
Bureaux 29 000m2, logements 23 000m2, enseignement 1800m2, loisirs 1000m2, commerces 900m2.
Nanterre le long de lA86, concours juin 2003, projet cité
Le projet est loccasion exceptionnelle de penser pour Nanterre un lieu qui produira des scènes dont la vitalité est promise par leurs architectures concrètement appuyées, à toutes les échelles, sur les flux du site, théâtres de la vie en ville, environnements cléments et urbains, à la fois générateur dintériorité et fédérateurs des espaces fragmentés de la ville :
À léchelle du territoire, le projet participe des grands espaces parisiens, en mettant en scène la ville sur la Seine, le projet rattache Nanterre à lhistoire de la monumentalité parisienne ;
À léchelle du quartier, le projet offre la grande liaison qui emmène lUniversité à la Seine ; lUniversité, isolée et enclavée, vient reprendre place dans la ville. À cette fin, un parc assemble des paysages, réconciliant la géographie et la ville, le fleuve et la densité. Au cur de ce dispositif, les ponts et les tours dessinent les lignes de force de site : des ponts pour relier les quartiers, des tours pour libérer le sol.
À léchelle du périmètre dintervention, une architecture autour des flux (A86, tramway, cheminement Est-Ouest) venant les accueillir dans des retraites protégées, jardins-patios ou jardins-terrasses, havre au cur de la densité. Des ponts habités, aux fonctions libres (pont du commerce, pont des loisirs, pont de la recherche, ponts mixtes) irrigués par le flux Seine-Université, sont la promesse dun univers partagé à Nanterre.
À léchelle domestique, enfin, larchitecture se verticalise, elle prescrit une structure pour libérer et promouvoir la mutabilité des espaces : aux jardins suspendus, aux logements, aux résidences étudiantes sont dédiés des espaces vierges où structures et fluides sont colatéralisés, et où ces scènes quotidiennes peuvent se jouer, se déjouer, sintervertir, se remplacer. Cest lesthétique dune architecture qui vibre en fonction de ses affectations dans le temps et dans lespace.*
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RÉSIDENCE SECONDAIRE, FAMILLE PEPINO « Expressionnisme structurel et paysage »
Sagone, Corse du Sud, surface 140m2, projet septembre 2002, permis décembre 2003, budget : 260 000 euros.
Entre le Monte Cinto et le golfe de Sagone, sur les montagnes brûlées par le sel et le soleil, la résidence secondaire de la famille Pepino organise son insertion, cest-à-dire, sa disparition, en sappuyant sur une interprétation intense et expressive de sa structure. Le caractère de la maison est le résultat dune attitude « romane » : seul se perçoit sa structure empilée qui cherche à distinguer brutalement tous les éléments qui la composent (le mur de soutènement, les poutres, les solives, les cadres, le toit et les brise-soleil). Lassemblage de ces éléments est une simple superposition dont la sobriété de la mise en uvre fait écho à laustérité du paysage et invite à sy immerger. |
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| Contact : @Jean Cristophe Quinton |
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