Archicool.com : Monsieur le président, Qui est Jean François Susini, quel est votre parcours comment êtes vous devenu président de lOrdre ?
Jean-François Susini : Tout dabord, rien ne me prédestinait à larchitecture. Jai fais des études de musique et de Droit , larrivée à lOrdre était un hasard, comme je râlais toujours, un ami qui ma dit, tient il y a une place de libre au conseil régional de lOrdre, est ce que tu veux venir ? Cétait en 1994. Et puis deux ans après jai été élu président du conseil régional dIle de France, puis la même équipe a obtenu la majorité dans certaines régions, je suis arrivé au conseil national deux ans après, et encore deux ans plus tard au poste de président.
Archicool.com : Vous avez fait des études musicales, Cest à dire ?
JFS : jai étudié la musique avec André HODEIR un grand critique de Jazz, cétait un des plus grands critiques daprès guerre. Cest lui qui écrivait dans Jazz Hot lorsque Boris Vian sen occupait.
Archicool.com : Vous jouez du Jazz ?
JFS: Oui
Archicool.com : Vous faites des concerts ? on va les annoncer ?
JFS: Oui je fais des concerts avec un groupe de copains, on fait cela au niveau local
Archicool.com : On va les annoncer, le prochain a lieu quand ?
JFS : (Rires)
Archicool.com : On avait Woody Allen, maintenant on a Jean François Susini jazzman....
JFS Rires, je sais bien. (rires) Javais comme enseignants toute la génération qui a fait ses études avec Olivier Messiaen , il y a avait , Boulez, Barraché, et ceux qui au grand dam de Messiaen sont passés à lORTF avec Pierre Henry. En même temps je travaillais dans le milieu de larchitecture, javais des copains, en archi, cest comme cela que je suis rentré.
Archicool.com: En quelle année avez vous été diplômé ?
JFS: Javais mis du temps, à lépoque je grattais beaucoup en agences. Je suis rentré en 74 et je suis sortis en 83.
Archicool.com : Donc vous râliez contre lordre et vous avez voulu voir de lintérieur ?
JFS : Non, je râlais sans trop savoir. Je me suis présenté et de fils en aiguille, je suis devenu le plus jeune président dIle de France, et après le plus jeune président de lOrdre National.
Archicool.com: Maintenant vous avez une vision de lintérieur de cette institution, quest ce que vous avez changé ?
JFS : Je pense que lon a changé limage de lOrdre. Je pense que lon a quand même boosté les choses.
Archicool.com: Comment définiriez vous aujourdhui lordre des architectes. Ce nest pas un syndicat ?
JFS: Non ce nest pas un syndicat, ni un organisme de régulation. Nous sommes chargé de léthique, et du dialogue avec les pouvoirs publics, et de définir de ce qui relève de larchitecture.
Archicool.com: On arrive aux P.P.P ( Partenariats Public Privé), cela permet de voir linfluence des uns et des autres. Aujourdhui comment lOrdre sen sort-il ? Quel bilan en tirez-vous ?
JFS: Je suis un pessimiste de nature, je pense que lHistoire est toujours dramatique, je ne sais si je devrais vous dire cela. Mais je pense que lon a quand même réussi à sauver beaucoup de choses, par rapport à ce qui avait été envisagé au départ, avec plus ou moins la disparition complète de la commande publique. On a sauvé, pas pour sauver, mais parce que on y tenait. Que cétait le meilleur moyen de défendre le maître douvrage. LE PPP en soi... jusquau dernier moment on pouvait penser que le texte serait rejeté, mais ce nétait plus possible.
Archicool.com : Pourquoi ?
JFS : Parce que ils étaient trop engagés. Le texte, même amendé, il fallait quand même en sortir un, et puis ils ont subi des pressions des milieux économiques et politiques.
Archicool.com: Vous avez participé au livre blanc, avec les syndicats, était-ce logique pour un Ordre national de co-signer un texte avec des syndicats, lOrdre des Architectes nétant pas un syndicat ? Il ne devrait pas être sur la même ligne éditorial.
JFS: Il y a des textes que lon ne signerait pas avec les syndicats, comme par exemple sur les contrats darchitectes, parce que les syndicats on pourra toujours leur reprocher un certain corporatisme.
Sur le livre blanc, la première chose, cétait de démontrer une unité de pensée sur un certain nombre de grands sujets. Vous verrez quil y a des points de vue qui ne sont pas des corporatismes. Symboliquement cétait important à montrer.
Archicool.com : Après le livre blanc, vous avez fait un livre vert ? Vous allez faire un livre bleu ? la collection complète de larc en ciel ?
JFS : On aura une collection, On va en faire dautres, mais le livre vert , voilà lexemple du sujet ou lon a estimé quil valait mieux quil ne soit signé que par lOrdre. Parce que sur un certain nombre de principes, qui ne sont pas dune innovation fulgurante, mais définir ce que peut être le développement durable par rapport à larchitecture. Il vaut mieux que ce soit lOrdre qui le porte.
Archicool.com: Pourquoi sintéresser seulement maintenant au développement durable ?
JFS: Parce que en réalité, cela faisait partie du dernier programme des élections, on a été pris par les événements. Cest le problème, les choses tombent les unes après les autres. Les élections, Les PPP, la réforme.
Archicool.com: Justement, vous êtes partie prenante dans la réforme de larchitecture quelle est votre position ?
JFS: On nous a fait dire des tas de choses, jai lu dans la presse des articles prétendant que javais été épouvantable avec les étudiants, Mais ce nest pas lobjet. Comment donner de meilleures chances aux jeunes diplômés ? Comment au bout de cinq ans on est suffisamment aguerri pour affronter de front un maître douvrage rude et procédurier ? Il faut être sûr quil y ait au moins un passage en agence dans les conditions les plus intéressantes pour chaque partie. On avait proposé trois ans. Cest la dessus que cela à capoter. Trois ans ce nest pas neutre, On avait pris comme base le fait que la plupart des étudiants travaillent déjà en moyenne deux à trois ans en agences. Cela serait intéressant, à lintérieur de cela de les encadrer et de leur assurer une formation permanente. Cela à achoppé. Un reproche que nous faisions , cest dabord que nous trouvons que les stages ne sont pas actuellement. bien suivis par les enseignants. Quand vous prenez des lycées techniques, la structure enseignante les suit.
En architecture ce nest pas le cas, ils sont largués dans la nature.
Quitte à les larguer... alors autant les responsabiliser, ils ont quand même entre 23 et 25 ans. Pourquoi les encadrer ? Autant leur donner les moyens, faisons un carnet à points. Celui qui veut faire en trois ans le fait en trois ans, celui qui veut le faire en un an et demi le fait en un an et demi, et il est autonome.
La réaction de certains enseignants a été de dire, Oui mais on doit savoir ce quils font en agences.
On leur a dit, Supposez quun concours tombe, Quest quont fait ? on les mets sur le concours ? cest quand même intéressant ? Ah oui mais si cela ne rentre pas dans la grille du stage... Je pense que cette rigidité tient au fait que les écoles veulent garder cela dans les écoles. Nous on voudrait que cela soit plus ouvert. Nous on ne veut pas se substituer aux écoles, on ne sait pas faire, on veut simplement que ce soit plus ouvert. Par exemple, moi jai enseigné à UP6 avec un enseignant chercheur, on sest parfaitement entendu, je nai pas de critiques la dessus. il faut simplement que ce soit très ouvert, on faisait venir au rendu des gens de lextérieur, des maîtres douvrages. On saperçoit aujourdhui quil y a de moins en moins de pratiques de ce type là.
Ils sont majeurs, et après ils se retrouvent seuls à assumer des choix quils ne maîtrisent pas.
Archicool.com: Quel est la situation des jeunes professionnels, notamment en Ile de France, jai limpression que cela se passe mieux en province, ils sinstallent mieux dans les terroirs.
JFS: Il y a une véritable solidarité en province. Je fais partie de la génération du baby boom, actuellement il y a moins de jeunes architectes, le renouvellement nest pas aussi important. Sauf si on cumule, ceux qui prennent aujourdhui des voies annexes. AMO, collectivités. Mais cest vrai que dans Paris et même en Province, cest difficile. Le problème cest comment accéder à la commande ?
Archicool.com: Oui cela tombe bien, cest la question suivante.
JFS: On avait imaginé un tas de choses, qui fonctionnent plus ou moins. Au niveau local en province il y a des parrainages, ce nest pas formalisé, cela se fait. Mais à Paris les gens ne se connaissent pas, cest un isolement, doù les chapelles que lon voit se constituer. Par exemple je prends les NAJA, je dis que la prochaine fois il faut en prendre 50, je ne suis pas le seul à le dire. Cela permettrait une plus grande diversité. Lautre parcours, pour une jeune architecte, cest de passer en agences...
Archicool.com: Justement , vous faisiez partie du jury des NAJA, quen avez vous pensé dune manière générale ?
JFS: Ecoutez, jai entendu des gens dirent que ce nétait pas du niveau du temps ou nous, nous le passions. Je nen suis pas si sûr que cela, lorsque je regarde objectivement la production actuelle, il faut quand même être un peu modeste. cest difficile à juger, cela dépends de quels critères vous prenez. Cela renvoie au mot qualité architecturale Cest quoi ? Vous avez des choses qui ont été adulées, encensées, et qui sont aujourdhui honnies par les maîtres douvrages. Il y a des valeurs intrinsèques de larchitecture. Il y avait des projets excellents, et des projets qui promettent un devenir intéressant.
Sur les jeunes à Paris.. cest vrai que cest difficile.
Le problème des agences darchitecture.... cest la pérennité de lagence. Vous remarquerez que des structures comme Architecture Studio nont pas de problèmes de pérennité, on en connaît deux ou trois de léquipe, cest une entité, mais ce nest pas la même chose quune agence qui est centrée sur une seule personnalité.
Archicool.com : On arrive bientôt à un moment ou beaucoup darchitectes vont partir à la retraite. Est-ce que vous avez développé une réflexion sur la transmission de ces agences ou de ces structures, afin dinitier une sorte de transmission, dhéritage entre les générations ?
JFS: Non, la seule chose que lon peut faire cest de recommander le passage en sociétés. Lorsque je suis arrivé les sociétés darchitecture devaient cotiser le double que les indépendants. On a mis fin à cette pratique immédiatement.
Cest vrai quil faut préparer le terrain, le seul moyen cest dorganiser une agence sans la rendre nominative. Le problème est aussi liée à la création. Les architectes ont souvent des égos surdimensionnés.
Archicol.com : Doù vient lego des architectes ?
JFS: Cest la création. Un exemple simple , il vaut mieux être architecte que homme politique. Imaginez quun député qui dépose un projet de Loi. L Il va travailler dessus pendant deux ans. Quand il voit ce qui en ressort.... certes, elle porte son nom, il aura mis un temps fou pour y arriver, Il aura fait cela deux fois dans sa vie, mais il ne restera que quelques lignes de son texte initial noyé sous les amendements. A linverse un architecte voit pratiquement son oeuvre réalisée.
Archicool.com : Pourquoi il y a aussi peu, en France, de députés et de sénateurs architectes ? ( 2)
JFS : Cest un problème dargent et dorganisation. Un médecin, un avocat ils ont une clientèle privée, rien ne les empêche de devenir député ou maire. Un architecte il se coupe tous les marchés de la commune, de lintercommunalité, du conseil général.
Il y a plus darchitectes maintenant dans les collectivités territoriales, mais pour faire carrière en politique, il ny en a que deux. Lun peut le faire parce quil a un associé, et que son associé veut bien porter lagence, et que leur domaine dactivité dépasse largement leur zone locale.
Archicool.com: Comment les intérêts des architectes peuvent ils être défendus par les politiques ?
JFS : Il y a des politiques qui ont des architectes dans leur famille et connaissent leurs difficultés, Ils y sont sensibles, ensuite je pense que, à loccasion du PPP, nous avons quand même posé de nombreuses questions. Evidemment le jour du vote, cest la logique du groupe parlementaire qui lemporte. Les sénateurs sont beaucoup plus libres par rapport à la discipline parlementaire. Mais lintérêt supérieur de la France lemportera toujours sur lintérêt catégoriel.
Archicool.com : Oui mais dans le cas des PPP lintérêt supérieur de la France ressemble furieusement à celui de Bouygues et des majors du BTP ?
JFS: Oui, cest vrai.
Archicool.com: Leurs arguments, cest la création demplois...
JFS: Ils ne créeront pas demplois, cest cela qui est fabuleux, cela fait des années, que les politiques entendent : si vous prenez telle mesure nous allons créer x milliers demplois, et puis cela narrive pas. Je pense quil y a beaucoup de députés qui navaient pas imaginé au départ que les PPP pouvaient concerner le rôle de larchitecte. Je ne suis pas sûr que cela va prendre.... nous allons être très vigilants.
Archicool.com : Aujourdhui vous avez des moyens de faire pression ?
JFS : On a fait la guerre pendant des années aux marchés conceptions-réalisations. de guerre lasse, quand je suis arrivé on a dit : On arrête. En fait on repasse par ce type de marchés, et je pense que lon arrivera aux mêmes résultats. Ce qui est inquiétant, ce sont les délégations complètes des marchés publics. Ce qui laisse la porte ouverte à celui qui voudra vendre ses matériaux.... Quelque part ce nest pas transparent du tout, nous sommes dans une société de la transparence, mais on vote des lois qui ne la garantisse pas. Il y a un coté balancier avec les PPP. Il y a eu la reconstruction sauvage, puis après une sensibilisation à la dimension culturelle, et aujourdhui on a un choc. Lintégration dans leurope est une projet qui ne fait pas rêver, il ny a pas de projet politique et culturel.
Archicool.com : Quelle est la position d e lOrdre des architectes par rapport à lEurope ? Il y aura un jour un ordre européen des architectes ?
JFS : Cela y est, on fait partie dune association aujourdhui reconnue, le conseil des architectes européen. On vient dintégrer, un peu en avance, un certain nombre de pays européens. La difficulté vient du type dEurope que lon veut.
Imaginez lEurope des régions, on aura des conseils régionaux, et le conseil national sera à Bruxelles au lieu de Paris. Si cest toujours leurope des Etats, on aura les conseils nationaux.
Archicool.com : Quelle est la situation des autres pays ? Quels sont nos points forts et nos points faibles ?
JFS : On est sans doute les plus bouillonnants. Certains autres pays sont un peu hors circuits, les nouveaux pays entrants, parce que nous sommes en avance sur beaucoup de choses, par rapport à eux. Par exemple, Mario Monti à fait une charge terrible contre lordre Belge. Après il a fait une charge contre le fait que les architectes ne pouvaient pas faire de publicité. et bien sur ces points nous sommes en avance. Comme sur lassurance des architectes.
Archicool.com : Maintenant un sujet plus parisien, on va parler de la nomination de Francis Rambert à la direction de lIFA , vous faisiez partie du conseil dadministration de lIFA, et vous vous êtes opposé à sa nomination. Comment cela sest il réellement passé ? vous êtes un des seuls à avoir pris position contre le candidat officiel de la DAPA.
JFS: Que lEtat veulent changer ses représentants cela ne regarde que lui, nous navons rien à dire, chacun vote en son âme et conscience, et personnes ne fait desclandre. Mais là, il y a avait quand même un problème. Parce que on a perçu cela comme étant une mesure extrêmement méprisante à légard de linstitution de lOrdre des architectes. Quand on a vu que cétait confirmé on sest vraiment mis en colère. Nous, nous sommes dans une position très libre , beaucoup plus que la plupart des membres du conseil dadministration.* Ceux qui ont fait le compte se sont aperçus que même des représentants de lEtat avaient voté contre cette nomination. Cest quand même du jamais vu, on avait pas encore vu des représentants de lEtat voter contre un choix de lEtat... On nous a alors dit : Vous nen avez pas voulu comme directeur... vous laurez comme président. Mais je ne veux rien dire de plus, aujourdhui il est attaqué de partout, jai lu des articles terribles sur lui, je vais finir par le plaindre.
Archicool.com: Malgré quatre reports, notamment au moment des élections, les prudhommes semblent vous avoir donné raison, la partie adverse a décidé de faire appel. Mais lorigine du litige cétait quoi ? vous avez voulu vendre le mensuel DA et lOrdre sest aperçu à ce moment que quelquun avait personnellement déposé à lINPI la marque du titre de votre publication, propriété de lOrdre National ?
JFS: Il y avait trois repreneurs intéressés par la reprise de DA : - Le Monde, - Le Moniteur, et Urbapress. Le Moniteur est venu nous voir en nous disant , il y a un problème. le titre ne vous appartient pas. En fait il lavait déposé, lui , à une époque, ou sous mon prédécesseur, il estimait que la revue allait disparaître. Ce nétait pas logique, on navait jamais vu cela, cest un cas décole. Le gérant a déposé le titre de son coté quelques jours après Rambert, ce qui fait que la recherche dantériorité na rien donné. Et personne na rien dit. Nous, on la emmené en toute confiance.... en toute confiance, négocier avec les éventuels repreneurs, il na rien dit. Il ne nous en a pas parlé. Cétait vraiment un déni de confiance. Il aurait pu dire ; jai fait une connerie on va sarranger ! Non, il a attendu trois jours avant laudition au tribunal pour rendre le titre. Nous pendant ce temps judiciaire, on ne pouvait plus vendre le titre.
Archicool.com : Vous estimez que vous auriez été empêché ?
JFS : On a demandé 1 francs de dommages et intérêts, cest tout. Dans le monde normal des affaires, dans lindustrie on aurait demandé des dommages et intérêts. Donc on en a gros sur le coeur. Et après que la DAPA nous dise : On a une bonne idée, on a remercié M Cohen et on va installer Francis Rambert à la place. Là, on était vraiment en colère.
Archicool.com: Mais qui a poussé la candidature de Francis Rambert à la présidence de lIFA ? Le ministre de lépoque M Aillagon ou la DAPA, Mme Ann José Arlot ?
JFS : Personne ne le sait, On peut néanmoins penser quun ministre se préoccupe de nominations à partir dun niveau un peu supérieur.
Propos recueillis par Jérôme Auzolle le jeudi 22 juillet 2004 / Siège de l'Ordre National des Architectes. Paris.
* NDLR : Un membre du Conseil dAdministration de lIFA, ex intermittent du spectacle, tout en défendant publiquement le bilan de Jean-Louis Cohen du bout des lèvres, envoyait en coulisses des petits mots aux récalcitrants les invitant à donner une chance à un journaliste.
Donner une chance à un journaliste, très bonne idée, mais pourquoi en l'enlevant à lUniversité ?
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