Texte du communiqué (Culture) : “Vincent Feltesse a remis le 8 avril [2013] à Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, le rapport de la concertation sur l'enseignement et la recherche en architecture qu'il a présidée, en présence des 39 membres du comité d'orientation de cette concertation.
La Ministre de la Culture et de la Communication, qui assure la tutelle sur le réseau des 20 Écoles nationales supérieures d’architecture (ENSA) avait annoncé en août 2012 cette vaste concertation, visant à conforter l'excellence d'un enseignement qui s’interroge sur son évolution et son positionnement au moment où le monde universitaire est en pleine restructuration et où la transition écologique et la crise du logement imposent de revoir nos modes d'habiter.
Vincent Feltesse, député de la Gironde, président de la communauté urbaine de Bordeaux, et rapporteur du projet de loi sur l'enseignement supérieur et la recherche, a présidé cette concertation, qui, six mois durant, a permis de faire réfléchir l'ensemble des acteurs concernés : les écoles, les étudiants, la profession, les syndicats, l'Ordre des architectes ainsi que les départements ministériels.
Au total ce sont plus de mille personnes qui ont débattu à l’occasion de cinq journées organisées en région et de trois réunions du comité national d'orientation, permettant d'établir un diagnostic partagé de la situation, des enjeux et des besoins et de faire émerger de nombreuses propositions.
Aurélie Filippetti souhaite s'appuyer sur les conclusions du rapport pour définir les nouvelles orientations réglementaires, statutaires et budgétaires dans les champs de l'enseignement et de la recherche en architecture.“
Ci dessous Citations du Rapport et titre des 29 propositions
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“Au-delà de la question des moyens, les écoles d’architecture doivent en outre faire face comme tous les acteurs qui contribuent à façonner notre cadre de vie, à un certain nombre de mutations économiques, sociales, environnementales, culturelles très profondes, qui affectent la pratique de l’architecture et invitent à reconsidérer la manière dont elle est enseignée et étudiée en France.
C’est l’urbanisation et son cortège de conséquences plus ou moins heureuses (métropolisation, périurbanisation et étalement urbain, urbanisme commercial débridé, crise du logement). C’est le réchauffement climatique et la raréfaction des sources d’énergie fossiles, qui appellent des modes de construction et d’habitation plus sobres, plus durables et plus respectueux de l’environnement. C’est la complexité et la financiarisation croissantes de la fabrique de la ville, face auxquelles les collectivités, que la décentralisation a placées en première ligne, restent trop souvent démunies et impuissantes. C’est l’évolution des modes de vie, qui nécessite de réévaluer notre approche de l’habitat à l’aune des mutations du modèle familial, de l’avènement de la mobilité, de la révolution numérique, du vieillissement de la population. Ce n’est ni plus ni moins une crise des modes d’occupation de l’espace qui ont dominé le XXe siècle.
Situé à la croisée de ces tendances structurelles, le métier d’architecte a profondément changé en l’espace de quelques décennies et s'est considérablement diversifié. L'architecture n'est plus ce savoir-faire isolé, centré sur la maîtrise des techniques constructives associée à la créativité et au sens esthétique, mais nécessite désormais la mobilisation de connaissances diverses et étendues qui embrassent l'ensemble des champs scientifiques, techniques, culturels, historiques et sociologiques. La critique de certaines architectures comme celle des grands ensembles, auxquelles on n'hésite pas à imputer une part de responsabilité dans un délitement du lien social qui relève de facteurs multiples illustre, dans son injustice même, une attente considérable vis-à-vis de ceux qui ne construisent plus seulement des bâtiments mais dessinent un cadre de vie en organisant l'espace bâti et non bâti, le logement et les lieux de travail, les intérieurs des familles et les espaces publics.
Cette évolution du métier suscite aujourd'hui jusque dans les rangs des architectes une interrogation de plus en plus pressante sur l'identité de leur discipline par rapport aux savoirs toujours plus nombreux et parcellaires mobilisés dans la production du cadre de vie. Que font au juste les architectes ? De quoi sont-ils les spécialistes ? Qu'est-ce donc qui les distingue de l'urbaniste, de l'ingénieur, et fonde leur légitimité propre ? Si la portée de ces questions dépasse bien entendu le cadre de ce rapport, elles n'en dessinent pas moins son indéniable toile de fond.“ fin de citation.
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Le concours d'accès aux ENSA : Un vrai succès d'estime
“47 851 candidatures en 2012 pour 2 580 reçus, même si ces chiffres doivent être utilisés avec précaution, les candidats pouvant postuler dans plusieurs écoles.“
“80% des architectes diplômés accèdent à un premier emploi en moins de trois mois en France ou à l’étranger.“
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“la concertation a mis en exergue des souhaits d’amélioration :
1. Faire baisser le taux d’échec ou d’abandon en cours de cursus
2. Développer la pratique des évaluations internes
3. Mener des actions permettant de promouvoir l’insertion internationale des diplômés et l’attractivité internationale des formations. “
Les 29 Propositions du rapport de concertation :
Développer les atouts et les identités des ENSA tout en renforçant l’intégration au sein de l’enseignement supérieur.
Proposition n° 1 : Faciliter les modalités d’entrée au sein des ENSA
Proposition n° 2 : Conforter le premier cycle
Proposition n°2 bis : Parfaire l’adéquation de la formation initiale avec les évolutions de la profession
Proposition n° 3 : Effectuer un bilan de l’habilitation à l’exercice de la maîtrise d’œuvre en son nom propre (HMONP) en vue d’une réforme éventuelle
Proposition n° 4 : Améliorer la vie étudiante
Proposition n°5 : Généraliser les offres de formation tout au long de la vie
Proposition n°6 : Inscrire l’ouverture internationale comme une dimension du cursus Mise en œuvre : Promouvoir les politiques d’établissement (cf. infra) favorables à la mobilité entrante et sortante vers et de l’étranger afin que la mobilité européenne et internationale devienne une partie intégrante des cursus et se banalise. Favoriser la mobilité des enseignants. Améliorer l'enseignement des langues et développer des enseignements directement en langues étrangères (réflexion à mener sur leur valorisation au sein des crédits ECTS et plus largement dans les différents diplômes délivrés.). Promouvoir les doubles diplômes avec des écoles étrangères.
Proposition n°7 : Mener en lien avec le ministère de l’Education nationale des actions de sensibilisation sur les études d’architecture à partir du niveau BAC -3 ;
Proposition n° 8 : Développer la diffusion des informations relatives aux différents types de débouchés professionnels, tout particulièrement auprès des étudiants de premier cycle ;
Proposition n° 8 bis : Mener des travaux prospectifs et comparatifs sur les besoins de formation et de recherche
Favoriser la recherche.
Proposition n° 9 : Mettre en place un statut d’enseignant-chercheur
Proposition n° 9 bis : Mettre en place des décharges de service pour les enseignants participant activement à des activités de recherche
Proposition n° 10 : Conforter le doctorat
Proposition n°11 : Améliorer l’insertion des écoles d’architecture dans les écoles doctorales
Proposition n° 12 : Renforcer la coopération entre les écoles en matière d’activité de recherche
Proposition n°13 : Développer des programmes de recherche sur les enjeux de société
Développer les politiques de site.
Proposition n° 14 : Favoriser les collaborations contractuelles pluriannuelles avec les collectivités territoriales
Proposition n° 15 : Renforcer les liens institutionnels, les partenariats et le travail collaboratif avec les structures présentes sur le territoire d’une école et les différents réseaux
Proposition n° 16 : Développer les contrats de recherche, tant avec les collectivités territoriales et leurs établissements publics, qu’avec les entreprises locales
Proposition n° 17 : Améliorer la diffusion de la culture architecturale
Proposition n° 18 : Promouvoir et développer les actions de formation tout au long de la vie proposées par les ENSA en lien avec les professionnels et leurs représentants ainsi qu’avec les collectivités territoriales
Proposition n° 19 : Renforcer les collaborations des ENSA avec « les plates-formes Bâtiment- Energie-Grenelle » (ministère de l’Ecologie, du développement durable et de l’Energie)
Proposition n° 20 : Systématiser et développer les modes d’associations avec les écoles, les universités et les organismes de recherche rattachés au ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche dans le cadre des politiques de site.
Proposition n° 21 : Promouvoir les initiatives des ENSA en matière d’expérimentations de travail en commun, et de regroupement territorial à la fois thématique, fonctionnel ou autre
Adapter les modes de gouvernance.
Proposition n° 22 : Instaurer dans un délai rapproché des instances consultatives pérennes pour les ENSA aux différents niveaux territoriaux, notamment le Collège des directeurs et des Conseils scientifiques, mais aussi des instances consultatives de concertation pour les étudiants et les personnels administratifs
Proposition n° 23 : Modifier les règles relatives à l’élection des présidents et à la désignation des directeurs des Ecoles nationales supérieures d’architecture;
Proposition n°24 : Mettre en place une contractualisation entre les ENSA et la tutelle qui permette de définir une stratégie partagée de l’école
Proposition n° 25 : Faciliter la gestion
Proposition n°26 : Créer des fonctions communes à plusieurs écoles pour prendre en charge des besoins non assurés
Proposition n° 27 : Instaurer des règles pour garantir le respect de la parité au sein des instances de gouvernance.
Proposition n° 28 : Vise au respect du principe de parité au sein du corps enseignant des écoles
Proposition n° 29 : Mettre en place des programmes interministériels dont les écoles d’architecture pourraient bénéficier
“Mais il importe plus généralement de souligner que la formation et la recherche en architecture relèvent d'une problématique interministérielle plus large encore. Les écoles formant non seulement des théoriciens mais des praticiens de l’architecture qui seront amenés à participer à la construction effective de notre cadre de vie, ce qu'on y étudie concerne aussi le ministère de l’Egalité des territoires et du Logement, le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, ou encore le Ministère en charge des collectivités territoriales, pour lesquelles urbanisme et architecture sont des enjeux majeurs.
Cette dimension interministérielle fondamentale a notamment été soulignée, en parallèle de la concertation, dans une déclaration commune formulée à l'issue d'une rencontre, inédite jusqu'alors, entre les représentants des ENSA et des Conseils régionaux de l'Ordre des Architectes.
Le cœur du problème et la source du malaise actuel des écoles est que cette nature interministérielle de la formation et de la recherche architecturale n’étant pas aujourd’hui prise en compte, les écoles d’architecture se retrouvent dans une situation à la fois paradoxale et pénalisante. Alors que nous sommes entrés dans une économie de la connaissance, dont les moteurs sont la recherche et l’innovation ; Alors que le logement, la transition énergétique,
l’aménagement durable des territoires sont reconnus comme des priorités de l’action publique et que l’Etat, en dépit de la situation dégradée de ses finances, s’efforce de continuer à dégager des moyens pour entreprendre les réformes qui s’imposent dans ces domaines stratégiques ; Alors que l’importance sociale de l’architecture et de l’architecte est partout réaffirmée ; les écoles d’architecture, qui sont pourtant des acteurs de la recherche nationale et forment les professionnels de la fabrique de la ville et du cadre de vie, ne bénéficient pas aujourd’hui de ces efforts budgétaires. La faute n’en revient à personne en particulier, nulle mauvaise volonté n’est à l’origine de cette situation. Il s’agit d’un effet aussi mécanique que malencontreux de notre architecture (si l’on ose dire) institutionnelle.
Cette dimension interministérielle doit faire l’objet d’une véritable reconnaissance. Sinon les écoles d’architecture, qui ont un rôle prépondérant à jouer dans l’invention de « modes d’habiter » plus durables, ne pourront pas se développer, et c’est au final non seulement nos architectes mais notre économie et notre cadre de vie qui en pâtiront.
Au-delà de la question de la cotutelle Culture-Enseignement supérieur et Recherche, cette reconnaissance pourrait prendre la forme d’un programme national interministériel de formation et de recherche en architecture, élaboré en lien avec les départements ministériels concernés, les entreprises du secteur et les collectivités territoriales, et piloté par le ministère de la Culture et de la Communication. Les thèmes à investir d’urgence ne manquent pas : les économies d’énergie et la mobilisation des ressources locales, en lien avec le ministère de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie ; La baisse du coût de production des logements et l'enjeu de la réhabilitation, en lien avec le ministère de l'Egalité des territoires et du logement ; La qualité d’habiter en milieu dense etc.
Concrètement, ce programme national pourrait se traduire par un plan quadriennal stratégique national, validé par le Premier ministre en Comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire (CIADT), et décliné pour chaque école dans un document cadre signé avec les ministères et les partenaires concernés, qui apporteraient en contrepartie des moyens financiers nouveaux. Un tel document signerait plus qu'une ambition retrouvée pour l'enseignement et la recherche architecturale. Il constituerait l'amorce de ce qui nous fait depuis trop longtemps défaut : une véritable politique nationale de l'architecture.
Inscription claire et définitive des écoles d'architecture dans la sphère de l'enseignement supérieur et de la recherche ; Reconnaissance de l'enjeu interministériel de l'enseignement et de la recherche architecturale; Ouverture internationale et ancrage territorial des écoles par le développement des partenariats ; Adaptation de l'offre et des outils pédagogiques aux nouvelles conditions d'exercice des métiers de l'architecture ; Accroissement des moyens matériels et humains des écoles : telles nous semblent être, au terme de cette concertation, les grandes orientations qui devront dans les années à venir guider l'évolution de l'enseignement supérieur et de la recherche en architecture pour garantir durablement leur excellence à long terme.
Ceci dit, repérer ces orientations n'est pas une fin en soi, et ce rapport n'aura atteint son but que s'il contribue à impulser une mise en mouvement des écoles d'architecture qu'il faudra se donner les moyens de pérenniser. Le dialogue est renoué entre les acteurs. Il ne doit plus cesser et doit pour cela trouver un cadre permanent.
Si toutefois le diagnostic formulé ici est juste, il suggère d'entreprendre, parmi les nombreuses propositions opérationnelles formulées lors de la concertation, des actions prioritaires qui peuvent être énumérées (et non classées) comme suit :
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Placer les écoles d'architecture sous la cotutelle du ministère de la Culture et de la Communication d'une part, du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche d'autre part, pour faire droit à la double nature scientifique et culturelle des écoles.
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Faire évoluer le statut des écoles d'architecture vers un statut proche de celui des EPSCP, pour favoriser la reconnaissance scientifique des écoles, accroître leur autonomie et faciliter ainsi leur adossement à l’université.
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Mettre alors en place une pratique de la tutelle fondée sur un contrat pluriannuel passé sur la base d'un projet d'établissement validé collectivement, intégrant une stratégie territoriale et la planification des travaux immobiliers.
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Instaurer dans les ENSA l’élection du président du Conseil d’administration et la nomination du directeur par le ministre après avis du Conseil d’administration, et des durées limitatives de mandat, afin de créer les conditions d’une gouvernance plus démocratique.
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Reconstituer dans une instance unique les commissions nationales, supprimées par la révision générale des politiques publiques (RGPP), qui assuraient la représentation nationale des ENSA, et le pilotage de la recherche et de la pédagogie, en tenant compte de l'expérience de la concertation.
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Faire en sorte que le rapprochement avec l’université assure aux étudiants des écoles d’architecture les mêmes droits et avantages, notamment sociaux, qu’à ceux de l'université, et aux effectifs administratifs et de service la même stabilisation qu'à ceux du reste de l'enseignement supérieur.
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Assurer progressivement l’accès au statut d'enseignant-chercheur aux enseignants des écoles d'architecture pour créer les conditions d'une recherche architecturale ambitieuse et reconnue.
8. Etablir un référentiel commun des compétences délivrées par les écoles d'architecture pour accroître la lisibilité des diplômes, diversifier les débouchés professionnels des étudiants et favoriser ainsi la diffusion des compétences architecturales à travers la société.
9. Mutualiser les épreuves d'admissibilité aux concours d'entrée dans les écoles d'architecture pour en favoriser l’accès et renforcer la cohérence et la visibilité du réseau des ENSA.
10. Définir et faire adopter en CIADT un programme national interministériel de formation et de recherche en architecture pour assurer à long terme la qualité de notre cadre de vie. Aborder dans ce cadre la question des moyens que la nation entend y affecter, notamment un plan de rattrapage des investissements immobiliers compensant l’oubli des ENSA par le Plan Campus.