C'est un véritable massacre à la tronçonneuse qui se profile sur une œuvre de Le Corbusier et pas n'importe laquelle puisqu'il s'agit de l'immeuble dit de “l'armée du salut“ dans le XIIIe arrondissement de Paris. Oeuvre majeure et pionnière de Le Corbusier imaginée en 1929, (http://en.wikiarquitectura.com/index.php/Armèe_du_Salut) , véritable laboratoire qui permettra à Le Corbusier de peaufiner ses modèles d'habitat collectif.
Alors que la France peine à imposer le dossier “Le Corbusier“ auprès de l'UNESCO pour un classement au patrimoine mondial ( http://whc.unesco.org/fr/listesindicatives/1666/) . Alors que l'épisode malencontreux du couvent des Clarisses à Ronchamp avait fait grand bruit, (et dont le résultat construit relève du gadget mercantile dans sa touffe potagère,) c'est un curieux silence complice qui entoure la transformation rénovation de l'immeuble de l'armée du salut, alors qu'il bénéficie pourtant d'une protection des ; “Façades et couvertures, hall et escaliers : inscription par arrêté du 15 janvier 1975.“
D'abord le choix de l'équipe de maîtrise d'oeuvre interroge ; (Opéra architectes,) (un architecte, ancien d'architecture Studio, ayant travaillé avec Jacques Ferrier puis avec Patrick Chavannes, tous s'inscrivent davantage dans la filière des “carrossiers génériques du bâtiment“ que des exégètes reconnus de l'oeuvre de Le Corbusier. Certes, “Opéra architectes“ bénéficie de nombreuses références dans le normatif hospitalier, mais est-ce le débat ? Certes ils sont enseignants dans des ENSA, mais est-ce à Paris un blanc-seing ? Il faut se souvenir du projet de Opéra architectes pour l'église Orthodoxe de Paris ( Projet heureusement perdu) pour frémir de la distance qui les sépare de la compréhension du mouvement moderne.
Alors que s'annonce cette violente dénaturation, inculte et maladroite, on peut s'étonner que l'on ne sache toujours pas en France aborder le patrimoine moderne avec plus de respect et d'intelligence quant à sa transformation et sa préservation. Faut-il donc faire rentrer absolument le patrimoine architectural mondial, situé en France, dans la RT 2012 ?
Est-ce bien cela l'enjeu culturel ? Aujourd'hui c'est Le Corbusier qui est violenté, mais demain pourquoi pas la maison de Verre, Versailles, Le Louvre, Chambord et Chenonceau ? Pourquoi ne pas isoler de l'extérieur tout ce bazar une bonne fois pour toute ?
La commission du Vieux Paris, appelé à donner son avis, à émise un voeu négatif, la fondation Le Corbusier, belle endormie au bois charmant, est en état de mort cérébrale. DOCOMOMO commence seulement à se poser des questions, notamment à la suite d'un article paru dans la presse spécialisée (AMC) signé de Hubert l'Empereur.
Déjà que de son vivant, une grande partie de la profession française des architectes n'avait eu de cesse de cracher sur Le Corbusier, il est consternant de s'apercevoir que l'oeuvre de le Corbusier, patrimoine mondial dont nous ne sommes, en France, que les dépositaires, n'est toujours pas respectée, ni valorisée comme elle devrait l'être. Elle n'est qu'une charge dont il faut se débarrasser au plus vite, et en catimini, non sans en avoir neutralisée toute essence, effacée toute signification. Le crime sera parfait, nous sommes à Paris en 2013 !
Une fois de plus la ville de Paris est à l'oeuvre dans un massacre urbain. La Cité de l'armée du salut, l'opération des Halles, Roland-Garros, le stade Jean Bouin... à chaque fois il est confondu architecture et gesticulation carrossière. A Paris on n'aime rien tant que spectaculariser l'incompétence !