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Le rapport d'information " La Bibliothèque nationale de France : un chantier inachevé " réalisé pour le compte du Sénat Français est en ligne sur le site du Sénat.
Auteurs : NACHBAR (Philippe) ; RICHERT (Philippe)
http://www.senat.fr/rap/r99-451/r99-451.html

Notre commentaire

Après les polémiques vient le temps des rapports et des constats. Le Sénat français a diligenté deux rapporteurs d'établir un bilan de la BNF François Mitterrand.

Pour Qui ?

Les auteurs du rapport soulignent la présence dans le jury de " nombreux architectes " mais déplorent l'absence de bibliothécaires. En citant un propos de l'architecte Dominique Perrault, les auteurs semblent appuyer l'influence des architectes sur le résultat final. On pourrait objecter que la composition d'un jury d'un concours d'architecture est réglementée, et d'autres part qu'il arrive malheureusement assez fréquemment que les destinataires finales d'un bâtiment soient peu ou pas du tout consultés lors des études.

Plus troublant est le constat que " 50 % de la superficie ( des tours) est utilisable du fait de la place prise par les parois destinées à abriter les livres. " La moyenne de la surface "utile" se situant en générale aux alentours de 70 %.

Combien ?

Le rapport nous apprends le coût réel de la bibliothèque et son coût d'exploitation de près d'un milliard de francs par an, somme qui devrait augmenter au fur et à mesure du vieillissement de cet équipement.

On peut oser un rapprochement entre le fait que " La BNF coûte près de 7 fois plus cher que la Bibliothèque nationale au début des années 1990 " et de constater que les places assises ont été multipliés "seulement" par quatre. Cependant il faut tenir compte que les exigences de sécurité et de confort ne sont plus les mêmes qu'autrefois.

Pour Quoi ?

Si le confort, et la qualité de chaque poste de travail sont unanimement reconnus, il est constaté par les rapporteurs, et chaque visiteur, s'en rendra facilement compte de par lui même, surtout le week-end.

" Certes, il est regrettable que ces salles qui offrent une importante collection en libre-accès et des postes de consultation multimédia permettant l'accès à internet se révèlent déjà trop exiguës.
Cependant, il semble que ces salles soient fréquentées essentiellement par un lectorat étudiant qui utilise ces espaces comme des salles d'études. Par ailleurs, de l'aveu même des conservateurs, la salle de l'audiovisuel est considérée par beaucoup d'usagers comme le " cybercafé " le plus confortable de la capitale.
"

" Il est permis de se demander si ces usages correspondent à la vocation du haut-de-jardin - mais également au coût par usager qu'il représente../.."

Le rapport souligne le succès public de la bibliothèque et égratigne ce qui serait une certaine ingratitude de la part de la Presse à ce sujet.

"La BNF connaît aujourd'hui un réel succès auprès du public, succès bien peu souligné par une presse pourtant prompte à vilipender les erreurs initiales. "

Le rapport développe longuement les déboires informatiques et la tension sociale qui régna au moment de l'ouverture de la bibliothèque du fait de plusieurs facteurs; l'absence de communication, les contraintes du lieu, la précarisation de certains postes. etc.



Le texte intégral du rapport se trouve sur le site du Sénat http://www.senat.fr

Au sujet de l'architecture, Morceaux choisis.
Extraits du RAPPORT D'INFORMATION 451(1999-2000) - commission des affaires culturelles.
Le texte intégral du rapport se trouve sur le site du Sénat : http://www.senat.fr/rap/r99-451/r99-451.html

" 2. Un choix architectural hâtif "

" Avec le recul permis par le temps, il apparaît que ce projet approuvé par le président de la République accordait plus de place à l'esprit de la nouvelle bibliothèque qu'à ses exigences bibliothéconomiques, qui restaient au demeurant encore très floues. "

" S'il est désormais trop tard pour le regretter, il convient de rappeler que la composition du jury, dont les compétences des membres ne sont pas ici en cause et qui comptait de nombreux architectes, ne comprenait aucun bibliothécaire. A cet égard, les propos tenus par M. Dominique Perrault sont éloquents4(*) : " Ma priorité n'était pas de concevoir une bibliothèque mais de résoudre un problème d'urbanisme ". Cela se passe de commentaires quand on considère que cinq ans après l'achèvement des travaux, ce problème n'est toujours pas résolu. "

.../...

"· Une contre-performance "

" Tolbiac apparaît comme l'expression même d'une contre-performance puisque le bâtiment réussit à être à la fois trop grand et trop exigu. "

"Il semble qu'en dépit de l'investissement réalisé à Tolbiac, les réserves disponibles dont disposent la BNF pour l'avenir sont très loin d'être illimitées. Certains magasins sont saturés ; si d'autres restent encore vides - et doivent d'ailleurs être équipés de mobilier de stockage, ils ne représentent guère plus de 15 à 20 ans d'accroissement des collections alors que les objectifs initiaux laissaient espérer des réserves pour 40 ans. Ce constat peut surprendre compte tenu de l'immensité apparente du bâtiment. Il surprend moins lorsque l'on considère que, dans les tours, seuls 50 % de la superficie est utilisable du fait de la place prise par les parois destinées à abriter les livres. Le bâtiment n'est donc guère rentable. Cette saturation des espaces constitue d'ores et déjà une difficulté pour la vie des services de la BNF, très à l'étroit dans les locaux qui leur ont été attribués. "

.../...

"· Un bâtiment peu modulable "

"En dépit de ses dimensions, le bâtiment apparaît en réalité peu modulable. "

" Les espaces de consultation dont le caractère monumental frappe dès l'abord le visiteur et qui peuvent apparaître comme surdimensionnés ne pourront pas être aménagés pour accroître les capacités d'accueil de la bibliothèque alors que deux ans après l'ouverture du rez-de-jardin, on commence déjà à parler de saturation. Comme le soulignait M. Emmanuel Le Roy Ladurie lors de son audition par la mission d'information, " la complexité du bâtiment rend son usage difficile ".

.../...

" 2. Un bâtiment coûteux"

" Ce constat est d'autant plus regrettable que les sommes consacrées à ce projet sont considérables et que son fonctionnement apparaît très coûteux. "

"· Un investissement considérable consenti par la collectivité "

" La création de la Bibliothèque nationale de France a représenté pour l'Etat un investissement de près de 8 milliards de francs.
L'enveloppe d'investissement a été en effet définitivement arrêtée en autorisations de programme et en crédits de paiement à 7 964,8 millions de francs, la différence avec le montant initial de 7 200 millions de francs représentant l'actualisation de l'enveloppe.
A l'évidence, ces montants font de la BNF le plus important des grands travaux.
On rappellera pour mémoire que les deux tranches du Grand Louvre ont été soldées pour un total de 5,8 milliards de francs ; la Villette, à la construction de laquelle participèrent plusieurs ministères, a coûté 6,5 milliards de francs, l'Opéra Bastille représentant pour sa part un investissement de 4,4 milliards de francs. "

" Depuis la création de la BNF en 1994, la subvention de fonctionnement du nouvel établissement est passée de 303 millions de francs à 620,02 millions de francs en 2000. Elle est de loin la plus importante des subventions versées par le ministère de la culture aux établissements publics relevant de sa tutelle. En effet, la BNF reçoit une subvention deux fois supérieure à celle du Centre Georges Pompidou et cinq fois supérieure à celle du musée du Louvre. A elle seule, elle représente près du cinquième du chapitre 36-60 -Subventions aux établissements publics- du titre III du budget du ministère de la culture et de la communication. "

" Au regard de ces chiffres, le coût annuel de la BNF pour le budget de l'Etat s'élève donc à 979 millions de francs, somme tout à fait considérable quel que soit le critère de comparaison utilisé. "

.../...

" La BNF coûte près de 7 fois plus cher que la Bibliothèque nationale au début des années 1990"

.../...

" L'importance du montant des dépenses de fonctionnement s'explique également pour une large part par le caractère sophistiqué du bâtiment comme des équipements dont il est doté. Les choix architecturaux, s'ils ont amélioré les conditions de conservation, en ont considérablement renchéri le coût. "

" Du fait des contraintes de sécurité drastiques imposées lors de la construction du bâtiment qui présente la caractéristique d'être classé à la fois " immeuble de grande hauteur " et " établissement accueillant du public ", la présence d'une brigade de sapeurs pompiers s'impose, ce qui représente un coût de 15 millions de francs pour le budget de l'établissement.
Les travaux d'entretien et de réparation s'élevaient en 2000 à près de 49 millions de francs et les dépenses de nettoyage, à 50 millions de francs. "

" La meilleure illustration du caractère dispendieux de l'ouvrage est à coup sûr les coûts de climatisation engendrés par le choix d'une architecture verticale qui, contrairement à ce qui a pu être dit à l'issue du concours d'architecture, ne présente pas de dangers pour les ouvrages. Le principal inconvénient de cette option réside dans son coût bien plus élevé que le scénario consistant à situer l'ensemble des magasins en sous-sol où les variations de température et d'hygrométrie sont plus faciles à maîtriser. "

.../...

" Certes, les capacités du site Tolbiac ne sont pas à la hauteur des ambitions avancées lors du lancement du projet. Rappelons pour mémoire que le rapport annuel de l'EPBF pour l'année 1990 anticipait la création de 6 000 places ! En effet, les salles du haut-de-jardin offrent aux lecteurs 1 700 places de lecture ; les salles en rez-de-jardin, comptent théoriquement près de 1 900 places, dont 1 300 seulement sont réservables. "

" Cependant, ces chiffres témoignent du progrès que représente le nouveau site par rapport à la rue de Richelieu qui, hors les départements spécialisés, comptait seulement 444 places de lecture pour les collections des imprimés, 196 pour les périodiques et 78 en salle des catalogues. "

" Les files d'attente, traditionnelles à Richelieu, qui obligeaient les lecteurs à attendre deux heures, voire plus, pour une place, ont disparu à Tolbiac, pour le rez-de-jardin du moins. "

" Le confort des salles de lecture a été considérablement amélioré. Si le jardin imaginé par l'architecte Dominique Perrault constitue un handicap fonctionnel, il offre aux lecteurs un horizon à l'esthétique incontestable. Les salles sécrètent une atmosphère laborieuse et recueillie ; M. Emmanuel Le Roy Ladurie a reconnu qu'on y travaillait plus qu'à Richelieu ! "

" Par ailleurs, les collections en libre accès offertes aux lecteurs sont sans commune mesure avec celles de Richelieu : 250 000 volumes en rez-de-jardin et 250 000 volumes en haut-de-jardin. "

" La configuration du bâtiment, comme les parcours d'accès, interdisant de fait de sortir des espaces de travail pour prendre une pause durant les heures de travail passées en salles de lecture, la mission ne peut que souligner les améliorations apportées aux " conditions de vie " mais aussi de travail des lecteurs. On se réjouira à cet égard des efforts accomplis pour faciliter l'accès des lecteurs aux salles, de la rénovation en août 1999 de la cafétéria qui offre enfin des services satisfaisants ou encore de l'amélioration de la signalétique jusqu'ici indigente. "

" Certes, il est regrettable que ces salles qui offrent une importante collection en libre-accès et des postes de consultation mutimédia permettant l'accès à internet se révèlent déjà trop exiguës. Cependant, il semble que ces salles soient fréquentées essentiellement par un lectorat étudiant qui utilise ces espaces comme des salles d'études. Par ailleurs, de l'aveu même des conservateurs, la salle de l'audiovisuel est considérée par beaucoup d'usagers comme le " cybercafé " le plus confortable de la capitale. "

" Il est permis de se demander si ces usages correspondent à la vocation du haut-de-jardin - mais également au coût par usager qu'il représente. A cet égard, on ne peut que souhaiter que les files d'attente découragent ceux qui peuvent trouver ailleurs les services qu'ils viennent chercher à Tolbiac. A l'évidence, l'insuffisance du réseau parisien des bibliothèques universitaires ne facilitera pas cette évolution pourtant nécessaire si l'on veut tenter d'élargir les publics de la BNF. "

.../...

"· Accueillir le public "

"La BNF connaît aujourd'hui un réel succès auprès du public, succès bien peu souligné par une presse pourtant prompte à vilipender les erreurs initiales. "

" Le nombre de ses lecteurs va grandissant, provoquant des phénomènes de saturation qui risquent, s'ils perdurent, d'aboutir quatre ans après l'ouverture de la bibliothèque à la conclusion qu'elle a été sous-dimensionnée. "

.../...

 

Extraits du RAPPORT D'INFORMATION 451(1999-2000) - commission des affaires culturelles.
Le texte intégral du rapport se trouve sur le site du Sénat : http://www.senat.fr/rap/r99-451/r99-451.html


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