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Au sujet de l'architecture,
Morceaux choisis.
Extraits
du RAPPORT D'INFORMATION
451(1999-2000) - commission des affaires culturelles.
Le texte intégral du rapport se trouve sur le site du
Sénat : http://www.senat.fr/rap/r99-451/r99-451.html
" 2. Un choix architectural
hâtif "
" Avec le recul permis
par le temps, il apparaît que ce projet approuvé
par le président de la République accordait plus
de place à l'esprit de la nouvelle bibliothèque
qu'à ses exigences bibliothéconomiques, qui restaient
au demeurant encore très floues. "
" S'il est désormais
trop tard pour le regretter, il convient de rappeler que la composition
du jury, dont les compétences des membres ne sont pas
ici en cause et qui comptait de nombreux architectes, ne comprenait
aucun bibliothécaire. A cet égard, les propos tenus
par M. Dominique Perrault sont éloquents4(*) : "
Ma priorité n'était pas de concevoir une bibliothèque
mais de résoudre un problème d'urbanisme ".
Cela se passe de commentaires quand on considère que cinq
ans après l'achèvement des travaux, ce problème
n'est toujours pas résolu. "
.../...
"· Une contre-performance
"
" Tolbiac apparaît
comme l'expression même d'une contre-performance puisque
le bâtiment réussit à être à
la fois trop grand et trop exigu. "
"Il semble qu'en dépit
de l'investissement réalisé à Tolbiac, les
réserves disponibles dont disposent la BNF pour l'avenir
sont très loin d'être illimitées. Certains
magasins sont saturés ; si d'autres restent encore vides
- et doivent d'ailleurs être équipés de mobilier
de stockage, ils ne représentent guère plus de
15 à 20 ans d'accroissement des collections alors que
les objectifs initiaux laissaient espérer des réserves
pour 40 ans. Ce
constat peut surprendre compte tenu de l'immensité apparente
du bâtiment. Il surprend moins lorsque l'on considère
que, dans les tours, seuls 50 % de la superficie est utilisable
du fait de la place prise par les parois destinées à
abriter les livres.
Le bâtiment n'est donc guère rentable. Cette saturation
des espaces constitue d'ores et déjà une difficulté
pour la vie des services de la BNF, très à l'étroit
dans les locaux qui leur ont été attribués.
"
.../...
"· Un bâtiment
peu modulable "
"En dépit de ses
dimensions, le bâtiment apparaît en réalité
peu modulable. "
" Les espaces de consultation
dont le caractère monumental frappe dès l'abord
le visiteur et qui peuvent apparaître comme surdimensionnés
ne pourront pas être aménagés pour accroître
les capacités d'accueil de la bibliothèque alors
que deux ans après l'ouverture du rez-de-jardin, on commence
déjà à parler de saturation. Comme le soulignait
M. Emmanuel Le Roy Ladurie lors de son audition par la mission
d'information, " la complexité du bâtiment
rend son usage difficile ".
.../...
" 2. Un bâtiment
coûteux"
" Ce constat est d'autant
plus regrettable que les sommes consacrées à ce
projet sont considérables et que son fonctionnement apparaît
très coûteux. "
"· Un investissement
considérable consenti par la collectivité "
" La création de
la Bibliothèque nationale de France a représenté
pour l'Etat un investissement de près de 8 milliards de
francs.
L'enveloppe d'investissement a été en effet définitivement
arrêtée en autorisations de programme et en crédits
de paiement à 7 964,8 millions de francs, la différence
avec le montant initial de 7 200 millions de francs représentant
l'actualisation de l'enveloppe.
A l'évidence, ces montants font de la BNF le plus important
des grands travaux.
On rappellera pour mémoire que les deux tranches du Grand
Louvre ont été soldées pour un total de
5,8 milliards de francs ; la Villette, à la construction
de laquelle participèrent plusieurs ministères,
a coûté 6,5 milliards de francs, l'Opéra
Bastille représentant pour sa part un investissement de
4,4 milliards de francs. "
" Depuis la création
de la BNF en 1994, la subvention de fonctionnement du nouvel
établissement est passée de 303 millions de francs
à 620,02 millions de francs en 2000. Elle est de loin
la plus importante des subventions versées par le ministère
de la culture aux établissements publics relevant de sa
tutelle. En effet, la BNF reçoit une subvention deux fois
supérieure à celle du Centre Georges Pompidou et
cinq fois supérieure à celle du musée du
Louvre. A elle seule,
elle représente près du cinquième du chapitre
36-60 -Subventions aux établissements publics- du titre
III du budget du ministère de la culture et de la communication.
"
" Au regard de ces chiffres,
le coût annuel de la BNF pour le budget de l'Etat s'élève
donc à 979 millions de francs, somme tout à fait
considérable quel que soit le critère de comparaison
utilisé. "
.../...
" La BNF coûte près
de 7 fois plus cher que la Bibliothèque nationale au début
des années 1990"
.../...
" L'importance du montant
des dépenses de fonctionnement s'explique également
pour une large part par le caractère sophistiqué
du bâtiment comme des équipements dont il est doté.
Les choix architecturaux, s'ils ont amélioré les
conditions de conservation, en ont considérablement renchéri
le coût. "
" Du fait des contraintes de sécurité
drastiques imposées lors de la construction du bâtiment
qui présente la caractéristique d'être classé
à la fois " immeuble de grande hauteur " et
" établissement accueillant du public ", la
présence d'une brigade de sapeurs pompiers s'impose, ce
qui représente un coût de 15 millions de francs
pour le budget de l'établissement.
Les travaux d'entretien et de réparation s'élevaient
en 2000 à près de 49 millions de francs et les
dépenses de nettoyage, à 50 millions de francs.
"
" La meilleure illustration
du caractère dispendieux de l'ouvrage est à coup
sûr les coûts de climatisation engendrés par
le choix d'une architecture verticale qui, contrairement à
ce qui a pu être dit à l'issue du concours d'architecture,
ne présente pas de dangers pour les ouvrages. Le principal
inconvénient de cette option réside dans son coût
bien plus élevé que le scénario consistant
à situer l'ensemble des magasins en sous-sol où
les variations de température et d'hygrométrie
sont plus faciles à maîtriser. "
.../...
" Certes, les capacités
du site Tolbiac ne sont pas à la hauteur des ambitions
avancées lors du lancement du projet. Rappelons pour mémoire
que le rapport annuel de l'EPBF pour l'année 1990 anticipait
la création de 6 000 places ! En effet, les salles du
haut-de-jardin offrent aux lecteurs 1 700 places de lecture ;
les salles en rez-de-jardin, comptent théoriquement près
de 1 900 places, dont 1 300 seulement sont réservables.
"
" Cependant, ces chiffres
témoignent du progrès que représente le
nouveau site par rapport à la rue de Richelieu qui, hors
les départements spécialisés, comptait seulement
444 places de lecture pour les collections des imprimés,
196 pour les périodiques et 78 en salle des catalogues.
"
" Les files d'attente,
traditionnelles à Richelieu, qui obligeaient les lecteurs
à attendre deux heures, voire plus, pour une place, ont
disparu à Tolbiac, pour le rez-de-jardin du moins. "
" Le confort des salles
de lecture a été considérablement amélioré.
Si le jardin imaginé par l'architecte Dominique Perrault
constitue un handicap fonctionnel, il offre aux lecteurs un horizon
à l'esthétique incontestable. Les salles sécrètent
une atmosphère laborieuse et recueillie ; M. Emmanuel
Le Roy Ladurie a reconnu qu'on y travaillait plus qu'à
Richelieu ! "
" Par ailleurs, les collections
en libre accès offertes aux lecteurs sont sans commune
mesure avec celles de Richelieu : 250 000 volumes en rez-de-jardin
et 250 000 volumes en haut-de-jardin. "
" La configuration du
bâtiment, comme les parcours d'accès, interdisant
de fait de sortir des espaces de travail pour prendre une pause
durant les heures de travail passées en salles de lecture,
la mission ne peut que souligner les améliorations apportées
aux " conditions de vie " mais aussi de travail des
lecteurs. On se réjouira à cet égard des
efforts accomplis pour faciliter l'accès des lecteurs
aux salles, de la rénovation en août 1999 de la
cafétéria qui offre enfin des services satisfaisants
ou encore de l'amélioration de la signalétique
jusqu'ici indigente. "
" Certes, il est regrettable que ces
salles qui offrent une importante collection en libre-accès
et des postes de consultation mutimédia permettant l'accès
à internet se révèlent déjà
trop exiguës. Cependant, il semble que ces salles soient
fréquentées essentiellement par un lectorat étudiant
qui utilise ces espaces comme des salles d'études. Par
ailleurs, de l'aveu même des conservateurs, la salle de
l'audiovisuel est considérée par beaucoup d'usagers
comme le " cybercafé " le plus confortable de
la capitale. "
" Il est permis de se demander si ces
usages correspondent à la vocation du haut-de-jardin -
mais également au coût par usager qu'il représente. A cet égard, on ne peut que
souhaiter que les files d'attente découragent ceux qui
peuvent trouver ailleurs les services qu'ils viennent chercher
à Tolbiac. A l'évidence, l'insuffisance du réseau
parisien des bibliothèques universitaires ne facilitera
pas cette évolution pourtant nécessaire si l'on
veut tenter d'élargir les publics de la BNF. "
.../...
"· Accueillir le
public "
"La BNF connaît aujourd'hui un
réel succès auprès du public, succès
bien peu souligné par une presse pourtant prompte à
vilipender les erreurs initiales. "
" Le nombre de ses lecteurs
va grandissant, provoquant des phénomènes de saturation
qui risquent, s'ils perdurent, d'aboutir quatre ans après
l'ouverture de la bibliothèque à la conclusion
qu'elle a été sous-dimensionnée. "
.../...
Extraits du RAPPORT D'INFORMATION
451(1999-2000) - commission des affaires culturelles.
Le texte intégral du rapport se trouve sur le site du
Sénat : http://www.senat.fr/rap/r99-451/r99-451.html
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